plus de force encore que la premi��re fois:
--Ship, oh!
Pour toute r��ponse, celui �� qui il vient de parler se contente de prendre n��gligemment un petit porte-voix en argent, sans changer de place, et de lui faire entendre ces seuls mots:
--Parlez fran?ais. Je n'aime pas l'anglais!
Le ton d��daigneux d'une r��ponse aussi s��che et aussi laconique semble d'abord d��concerter un peu le capitaine anglais. Avant de se r��soudre �� adresser la parole en fran?ais au commandant du brick noir, il croit prudent de faire hisser �� la corne de son batiment le pavillon de sa nation. Peut-��tre, pense-t-il en lui-m��me, qu'en me voyant arborer les couleurs anglaises, le brick jugera �� propos de me faire conna?tre aussi le pays auquel il appartient.... Mais c'est en vain que le pavillon de l'Angleterre monte et se d��ploie, en se jouant, en haut du pic du Mascarenhas, le brick myst��rieux n'arbore aucune couleur, ne laisse ��chapper aucun signe qui puisse faire supposer au trois-mats que son signal ait ��t�� aper?u ou que l'on soit dans l'intention d'y r��pondre.
--A quel homme sommes-nous donc destin��s �� avoir affaire! dit tristement le capitaine anglais aux personnes qui l'environnent et qui paraissent vouloir lire sur sa physionomie chagrine les maux auxquels il faut peut-��tre se pr��parer encore.
--Mais peu importe! ajoute le capitaine; la r��signation doit peu nous co?ter maintenant, et l'avenir ne saurait nous r��server des malheurs plus terribles que ceux qui ont d��j�� ��prouv�� notre courage.... Cependant n'est-il pas cruel, au moment o�� nous commencions �� esp��rer, de rencontrer.... C'est ��gal: soumettons-nous jusqu'au bout �� la destin��e ou plut?t �� la Providence. Ce capitaine veut que je parle fran?ais.... Parlons-lui fran?ais, pour faire acte de soumission au sort que le ciel nous envoie.
Et le vieux marin reprend son porte-voix pour crier �� son voisin:
--Oh! du brick, oh!
Un moment d'esp��rance et une lueur de satisfaction brillent sur les visages des passagers: ils ont vu le capitaine du brick relever la t��te, et tourner pour cette fois ses regards vers eux. Il r��pondra, il va m��me r��pondre; mais que va-t-il dire? quel arr��t va rendre la gueule de ce porte-voix, tourn��e vers le Mascarenhas? Ce sont les oracles du destin qui vont retentir dans cet instrument sonore sur lequel tous les yeux et pour ainsi dire toutes les ames sont fix��s.... Silence! il va parler.
--Hol��! a r��pondu enfin le capitaine inconnu, mais sans changer de place.
--D'o�� vient le brick? lui demande alors le capitaine anglais un peu enhardi.
--De la mer! Et vous, depuis quand avez-vous quitt�� Londres?
--H��las! capitaine, depuis cent jours, avec soixante passagers et vingt-six hommes d'��quipage.
Mais comment, se disent les passagers et les marins du trois-mats, sait-il que nous venons de Londres?... Silence! dit le capitaine, il va encore nous parler.
Effectivement, le capitaine ��tranger a ��lev�� de nouveau son porte-voix:
--Depuis quand le Mascarenhas a-t-il ��prouv�� des calmes?
--Depuis quarante-et-un jours, capitaine.
--Avez-vous assez de vivres?
--Nous avons ��puis�� tous ceux que nous avions.
--Et de l'eau?
--Nous en avons recueilli quelques barriques hier pendant la pluie.
--Et vos malades?
--Nous en avons perdu quelques-uns.
--Pourquoi avez-vous abandonn�� le canot que vous aviez mis hier �� la mer?
--Les malheureux qui le montaient se sont massacr��s.... Mon fils commandait ce canot, qu'il croyait pouvoir conduire jusqu'�� bord de votre navire.
Un moment de silence succ��da �� ces derniers mots.... Des larmes ��touffaient la voix du malheureux qui venait de les prononcer avec effort.
Le commandant du brick reprit:....
--De quoi avez-vous le plus besoin?
--D'un chirurgien, capitaine; le n?tre a succomb��.
--Je n'en ai qu'un �� bord, et je le garde.
--S'il pouvait venir pour quelques instans seulement �� notre bord, et qu'il voul?t visiter nos malades, il nous rendrait le service le plus signal�� que la Providence p?t nous accorder.
--Oui, la Providence!... Quelle est la maladie qui s'est manifest��e chez vous?
--Je l'ignore; c'est une fi��vre, je crois; mais vous n'avez pas besoin d'avoir peur, elle ne se communique pas.
--Peur! reprend vivement et en souriant avec d��dain le capitaine, peur! et en r��p��tant ce dernier mot il fait un signe �� son timonnier, qui pousse la barre un peu au vent.
Par l'effet de ce petit mouvement le brick arrive, et laisse voir sur la poupe, qu'il pr��sente dans cette manoeuvre au Mascarenhas, ce mot, ce mot unique ��crit sur son tableau en longues lettres blanches:
LE FANTOME!
C'��tait la r��ponse, la seule r��ponse que le capitaine avait jug�� �� propos de faire �� l'Anglais qui venait de lui dire qu'il ne devait pas avoir peur.
A la vue de ce nom si connu, de ce mot qui �� lui seul ��tait une r��v��lation pour tous les marins, les matelots du Mascarenhas s'��cri��rent: C'est le Capitaine-Noir! c'est le Capitaine-Noir! Et les regards des passagers, remplis d'une avide curiosit��, s'attachent pour ne plus la quitter sur la male figure du commandant du Fant?me.
D��s que le brick, apr��s la l��g��re arriv��e qu'il venait de faire, eut repris la route qu'il

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