Il y ��tait toujours plus neuf et ravi, bouche b��e, il y riait comme un pauvre aux pantalonnades et aux coups de batte qui pleuvaient l�� sans cesse sur le propri��taire et sur le commissaire. A ce point les filous (et imaginez-vous si, �� Beaucaire, ils pullulaient!) lui tiraient chaque ann��e, tout doucement, l'un apr��s l'autre, sans qu'il se retournat, tous ses mouchoirs; et quand il n'en avait plus, chose qu'il savait d'avance, il d��nouait sa ceinture, sans plus de chagrin que ?a, et s'en torchait le nez. Mais, quand il rentrait �� Maillane, avec le nez tout bleu, -- de la teinture des mouchoirs, des mouchoirs neufs qui avaient d��teint:
-- Allons, lui disait ma grand'm��re, on t'a encore vol�� tes mouchoirs.
-- Qui te l'a dit? faisait l'a?eul.
-- Pardi, tu as le nez tout bleu: tu t'es mouch�� avec ta ceinture.
-- Bah! je n'en ai pas regret, r��pondait le bon humain; ce Polichinelle m'a tant fait rire!
Bref, quand ses filles (et ma m��re en ��tait une) furent d'age �� se marier, comme elles n'��taient pas gauches, ni bien d��sagr��ables, les galants, malgr�� tout, vinrent tout de m��me �� l'appeau. Seulement, quand les p��res disaient �� mon a?eul:
-- Autrement, le cas ��ch��ant, combien faites-vous �� vos filles?
-- Combien je fais �� mes filles? r��pondait ma?tre ��tienne, tout rouge de col��re; ? graine d'imb��cile, c'est dommage! A ton gars je donnerais une belle gouge, tout ��lev��e, toute nipp��e, et j'y ajouterais encore des terres et de l'argent! Qui ne veut pas mes filles telles quelles, qu'il les laisse... Dieu merci, �� la huche de ma?tre ��tienne il y a du pain.
Or, n'est-il pas vrai que les filles du grand-p��re furent prises, toutes les six, rien que pour leurs beaux yeux, et m��me qu'elles firent toutes de bons mariages? _Fille jolie_, dit le proverbe, _porte sur le front sa dot._
Mais je ne veux pas quitter la prime fleur de mon enfance sans en cueillir encore un tout petit bouquet.
Derri��re le Mas du Juge, c'est l'endroit o�� je suis n��, il y avait le long du chemin un foss�� qui menait son eau �� notre vieux Puits �� roue. Cette eau n'��tait pas profonde, mais elle ��tait claire et riante, et, quand j'��tais petit, je ne pouvais m'emp��cher, surtout les jours d'��t��, d'aller jouer le long de sa rive.
Le foss�� du Puits �� roue! Ce fut le premier livre o�� j'appris, en m'amusant, l'histoire naturelle. Il y avait l�� des poissons, ��pinoches ou carpillons, qui passaient par bandes et que j'essayais de p��cher dans un sachet de canevas, qui avait servi �� mettre des clous et que je suspendais au bout d'un roseau. Il y avait des demoiselles vertes, bleues, noiraudes, que doucement, tout doucement, lorsqu'elles se posaient sur les typhas, je saisissais de mes petits doigts, quand elles ne s'��chappaient pas, l��g��res, silencieuses, en faisant frissonner le cr��pe de leurs ailes; il y avait des "notonectes", esp��ces d'insectes bruns avec le ventre blanc, qui sautillent sur l'eau et puis remuent leurs pattes �� la fa?on des cordonniers qui tirent le ligneul. Ensuite des grenouilles, qui sortaient de la mousse une ��chine glauque, chamarr��e d'or, et qui, en me voyant, lestement faisaient leur plongeon; des tritons, sorte de salamandres d'eau, qui farfouillaient dans la vase; et de gros escarbots qui r?daient dans les flaches et qu'on nommait des "mange-anguilles".
Ajoutez �� cela un fouillis de plantes aquatiques, telles que ces "massettes", cotonn��es et allong��es, qui sont les fleurs du typha; telles que le n��nuphar qui ��tale, magnifique, sur la nappe de l'eau, ses larges feuilles rondes et son calice blanc; telles que le "butome" au trochet de fleurs roses, et le pale narcisse qui se mire dans le ru, et la lentille d'eau aux feuilles minuscules, et la "langue de boeuf" qui fleurit comme un lustre, avec les "yeux de l'Enfant J��sus" qui est le myosotis.
Mais de tout ce monde-l��, ce qui m'engageait le plus, c'��tait la fleur des "glais". C'est une grande plante qui cro?t au bord des eaux par grosses touffes, avec de longues feuilles cultriformes et de belles fleurs jaunes qui se dressent en l'air comme des hallebardes d'or. Il est �� croire m��me que les fleurs de lis d'or, armes de France et de Provence, qui brillent sur le fond d'azur, n'��taient que des fleurs de glais: "fleur de lis" vient de "fleur d'iris", car le glais est un iris, et l'azur du blason repr��sente bien l'eau o�� cro?t le glais.
Toujours est-il, qu'un jour d'��t��, quelque temps apr��s la moisson, on foulait nos gerbes, et tous les gens du "mas" ��taient dans l'aire �� travailler. A l'entour des chevaux et des mulets qui pi��tinaient, ardents, autour de leurs gardiens, il y avait bien vingt hommes qui, les bras retrouss��s, en cheminant au pas, deux par deux, quatre par quatre, retournaient les

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