premi��res nuits, l'��tat de l'Irlandais avait ��t�� assez alarmant pour que l'on cr?t devoir le veiller.
Mais, le troisi��me jour, le docteur avait jug�� cette pr��caution inutile.
Il avait fait le pansement, comme �� l'ordinaire, mais il s'en ��tait all��.
John Colden avait pass�� la nuit tout seul.
Or donc, le lendemain, la premi��re personne qui entra dans sa cellule fut un personnage que John Colden ne s'attendait plus �� revoir.
C'��tait M. Bardel.
M. Bardel, le gardien-chef que Jonathan avait accus�� de complicit�� dans l'��vasion du petit Irlandais.
L'oeil de John Colden s'��claira.
M. Bardel ��tait seul.
N��anmoins, il posa un doigt sur ses l��vres, comme pour recommander le silence �� John Colden.
Puis il ferma la porte de la cellule et s'assit aupr��s du lit du bless��.
--Tu ne m'attendais pas, dit-il?
--Non, dit John Colden.
--Tu me croyais en prison?
--Oui.
--C'est Jonathan qui y est all�� �� ma place.
--Alors on a cru ce que j'avais dit?
--Oui; l'homme gris a fait le reste.
--Vous ��tes toujours gardien-chef?
--Plus que jamais. C'est en cette qualit�� que je viens te voir. Comment vas-tu?
--Mieux.
--Crois-tu que tu pourras te lever?
--Pourquoi me demandez-vous cela?
--Mais parce que tu vas quitter Bath square.
--Ah!
--Il est question de te transporter �� Newgate.
--Aujourd'hui?
--Ce soir.
--Serais-je bient?t jug��?
--Aux assises du lendemain de la Christmas.
--C'est-�� dire apr��s demain?
--Justement.
John Colden ne sourcilla pas.
--Je m'y attends, dit-il. Seulement, pensez-vous que je pourrai voir Suzannah?
--Ta soeur?
--Oui.
--Non, dit M. Bardel. Ta soeur, gard��e �� vue par la police, s'est ��vad��e, grace �� l'homme gris.
--Je sais cela.
--Si elle demandait �� te voir, on la reprendrait.
--C'est juste, dit tristement John Colden.
Puis une larme roula dans ses yeux.
--J'aurais pourtant voulu la revoir avant de mourir, dit-il.
Un sourire vint aux l��vres de M. Bardel.
--Bah! fit-il, tu n'es pas encore mort.
--Les juges me condamneront...
--Cela est certain.
--La reine ne me fera pas grace...
--Assur��ment non.
--Alors vous voyez bien?...
--Mais l'homme gris te sauvera.
Ce nom fit tressaillir John Colden.
--Comment te sauvera-t-il? poursuivit M. Bardel, je ne sais pas...
--C'est impossible, dit John.
--Rien ne lui est impossible, r��pliqua M. Bardel avec l'accent de la conviction.
--Dieu vous entende, dit John, mais peu m'importe, du reste! du moment o�� je meurs pour notre m��re l'Irlande, la mort ne m'��pouvante pas.
Et tenez, ajouta John Colden apr��s un silence, puisque nous parlons de cela, laissez-moi vous demander une explication. Le docteur m'a demand��, hier, si j'avais des parents.
--Ah! fit M. Bardel.
--Et il m'a dit qu'il ne tenait qu'�� moi de leur laisser un petit h��ritage.
--Vieille canaille! grommela M. Bardel.
--Qu'a-t-il donc voulu dire? demanda na?vevement John Colden.
--��coute, r��pondit M. Bardel. Tu sais qu'en Angleterre l'arr��t de mort est toujours suivi de cette formule: Et pour son corps ��tre livr�� aux chirurgiens.
--Ah! oui, dit John Colden, je sais cela.
--L'autopsie est infamante dans ce pays. Les ouvriers qui meurent dans les hospices font tous partie d'une soci��t�� qui rach��te leurs corps. Les m��decins ne savent o�� trouver des cadavres, depuis qu'on a pendu le r��surrectionniste Burker, et le docteur de Bath square voudrait t'acheter ton corps. Il est riche, il le payera bien.
--Mais, dit John Colden, pourquoi l'ach��terait-il, puisqu'il peut l'avoir pour rien?
--Tu te trompes. Si, par impossible, tu ��tais pendu...
--Eh bien!
--Ce n'est pas lui qui l'aurait. Ce serait le chirurgien de Newgate.
--Ah!
--Mais si tu le lui vends, et s'il est prouv�� qu'il t'a pay��, le corps lui appartiendra.
--Eh bien! dit John Colden, je le lui vendrai et j'en ferai porter le prix �� Suzannah.
--Mais si on te sauve?...
--Oh!
--Je te jure, dit M. Bardel, que l'homme gris te sauvera.
Et le gardien chef s'en alla.
Une heure apr��s, le docteur vint.
--Eh bien! dit-il, es-tu toujours d��cid�� �� laisser quelque chose �� tes parents?
--Non, dit John, je ne veux pas vendre mon corps.
--Pourquoi?
--Parce que pas plus vous que le chirurgien de Newgate ne l'aurez.
--Allons donc!
--Je ne serai pas pendu, dit John.
Le docteur partit d'un ��clat de rire.
--C'est ce que nous verrons, mon gar?on, dit-il. En attendant, c'est la derni��re visite que je te fais.
--Vraiment?
--Tu vas aller passer la Christmas �� Newgate.
Le docteur voulut encore insister. Il tira sa bourse, il fit luire des guin��es aux yeux de John.
Le pauvre Irlandais r��pondit:
--Je ne veux pas vendre mon corps, car il faudrait me laisser pendre, et je ne veux pas ��tre pendu!...
--Il y en a bien d'autres qui ont parl�� comme toi, dit le docteur, et on les a pendus tout de m��me.
Et le docteur sortit furieux de ne pouvoir jouer un bon tour �� son coll��gue de Newgate, tant il r��gne de confraternit�� parmi les m��decins... anglais!
VI
Lorsque, parvenu au bout du Strand, vous ��tes entr�� dans Fleet street, lorsque vous avez coup�� perpendiculairement cette immense voie, qu'on appelle Farringdon street sur la rive gauche et Farringdon road sur la rive droite, quand vous venez de passer sous cette porte monumentale qui s��pare la cit�� de Londres de l'agglom��ration, une rue s'ouvre tout �� coup sur votre gauche.
C'est Old Bailey.
Elle n'est ni large ni ��troite, et, �� premi��re vue, elle n'a rien d'effrayant.
Les maisons

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