Les conteurs à la ronde | Page 7

Charles Dickens
C'��tait un voyage magique, qui devait sembler tr��s long lorsqu'il le commen?a et tr��s court lorsqu'il eut fait la moiti�� du chemin.
Pendant quelque temps il voyagea le long d'un sentier assez sombre, sans rien rencontrer, jusqu'�� ce qu'enfin il aper??t un joli petit enfant; le voyageur demanda �� l'enfant: ?Que fais-tu ici?? Et l'enfant r��pondit: ?Je suis toujours �� jouer, viens jouer avec moi.?
Le voyageur joua avec cet enfant toute la journ��e, et ils men��rent joyeuse vie tous les deux. Le ciel ��tait si bleu, le soleil ��tait si brillant, l'eau ��tait si ��tincelante, les feuilles ��taient si vertes, les fleurs ��taient si fra?ches, ils entendirent chanter tant d'oiseaux et virent tant de papillons, que tout leur paraissait superbe. C'��tait la saison du printemps. Quand il pleuvait, ils aimaient �� regarder tomber les gouttes de la pluie et �� respirer les odeurs des plantes. Quand il ventait, c'��tait charmant d'��couter le vent et d'imaginer qu'il se parlait �� lui- m��me ou �� ceux qui pouvaient le comprendre. D'o�� vient-il ainsi? se demandaient le voyageur et l'enfant, tandis qu'il sifflait, hurlait, poussait les nuages devant lui, courbait les arbres, tourbillonnait dans les chemin��es, ��branlait la maison et soulevait les vagues d'une mer furieuse. Mais neigeait-il? encore mieux, car ils n'aimaient rien tant que de regarder descendre les flocons de neige semblables au duvet qui se d��tacherait de la poitrine d'une myriade d'oiseaux blancs, et quel plaisir de voir cette belle neige s'��paissir sur la terre, puis d'��couter le silence sur les routes et les sentiers de la campagne!
Ils avaient en abondance les plus beaux joujoux du monde et les plus admirables livres d'images, des livres qui ��taient remplis de cimeterres, de babouches et de turbans, de nains, de g��nies et de f��es, de Barbes-Bleues, de f��ves merveilleuses, de tr��sors, de cavernes et de for��ts, de Valentins et d'Orsons... toutes choses nouvelles et bien vraies!
Mais un jour, tout-��-coup, le voyageur perdit l'enfant. Il l'appela, l'appela encore, et il n'obtint aucune r��ponse. Alors il reprit sa route et chemina quelque temps sans rien rencontrer, jusqu'�� ce qu'enfin il aper??t un beau jeune gar?on; �� ce jeune gar?on le voyageur demanda: ?Que fais-tu l��?? Et le jeune gar?on lui r��pondit: ?Je suis toujours �� apprendre. Viens apprendre avec moi.?
Le voyageur apprit, avec ce jeune gar?on, ce qu'��taient Jupiter et Junon, les Grecs et les Romains, d'autres choses encore et plus que je n'en pourrais dire, ni lui non plus, car il en eut bient?t oubli�� beaucoup. Mais ils n'apprenaient pas toujours, ils avaient les jeux les plus amusants qu'on ait jamais jou��s, ils ramaient sur la rivi��re en ��t��, ils patinaient sur la glace en hiver. Ils se promenaient �� pied et ils se promenaient �� cheval; ils jouaient �� la paume et �� tous les jeux de balle, aux barres, au cheval fondu, �� saute-mouton, �� plus de jeux que je n'en puis dire, et personne n'��tait plus fort qu'eux �� ces jeux-l��; ils avaient aussi des cong��s et des vacances, des gateaux du jour des Rois, des bals o�� ils dansaient jusqu'�� minuit, et de vrais th��atres o�� ils voyaient de vrais palais en vrai or et en vrai argent sortir de la terre; bref ils y voyaient tous les prodiges du monde en quelques heures. Quant �� des amis, ils avaient de si tendres amis et un si grand nombre de ces amis que le temps me manque pour les compter. Ils ��taient tous jeunes comme le jeune gar?on et se promettaient de ne jamais rester ��trangers l'un �� l'autre pendant tout le reste de la vie.
Cependant, un jour, au milieu de tous ces plaisirs, le voyageur perdit le jeune gar?on, comme il avait perdu l'enfant, et apr��s l'avoir appel�� en vain, il poursuivit son voyage. Il chemina pendant un peu de temps sans rien rencontrer, jusqu'�� ce qu'enfin il v?t un jeune homme. Il demanda donc au jeune homme: ?Que faites-vous ici?? Et le jeune homme r��pondit: ?Je suis toujours �� faire l'amour. Viens faire l'amour avec moi.?
Le voyageur alla avec ce jeune homme, et ils s'en furent aupr��s d'une des plus jolies filles qu'on ait jamais vues, juste comme Fanny, l�� dans le coin, -- elle avait les yeux comme Fanny, des cheveux comme Fanny, des fossettes aux joues comme Fanny, et elle riait et rougissait juste comme Fanny pendant que je parle d'elle. Alors le jeune homme devint tout de suite amoureux, -- juste comme quelqu'un que je ne veux pas nommer, la premi��re fois qu'il vint ici, devint amoureux de Fanny. Eh bien! il ��tait taquin�� quelquefois, juste comme quelqu'un ��tait taquin�� par Fanny; ils se querellaient quelquefois, juste comme quelqu'un et Fanny; puis ils se raccommodaient, allaient chuchoter dans les coins, s'��crivaient des lettres toute la journ��e, se disaient malheureux quand ils ��taient loin l'un de
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