Le péché de Monsieur Antoine, Tome 2 | Page 8

George Sand
je respire, et que j'oublie ce mauvais r?ave.
--Ah! voil?? le hic, r??pondit M. Antoine, il s'agit de savoir ce que je vais lui ??crire, et c'est pour cela qu'il est bon de tenir conseil.
--Entends-tu, m?��re! dit Gilberte ?? Janille, il ne sait que lui r??pondre? apparemment il n'a pas su refuser.
--Eh bien, mon enfant, ton p?��re n'a pas tant de tort, r??pondit Janille, car, moi aussi, j'ai re?��u la demande de ton beau soupirant, je l'ai ??cout?? sans m'??mouvoir, et je ne lui ai dit ni oui, ni non. Allons! allons! ne te f?��che pas. C'est comme cela qu'il faut agir, et consultons-nous tranquillement. On ne peut pas dire ?? ce gar?��on: ??Vous me d??plaisez??, cela ne se dit pas. On ne peut pas lui dire non plus: ??Nous sommes de bonne maison, et vous vous appelez Galuchet;?? car cela serait dur et mortifiant.
--Et ce ne serait pas l?? une raison, dit Gilberte. Que nous importe la noblesse ?? pr??sent? La vraie noblesse est dans le c?��ur, et non dans de vains titres. Ce n'est pas le nom de Galuchet qui me r??pugne, ce sont les mani?��res et les sentiments de l'homme qui le porte.
--Ma fille a raison: le nom, la profession et la fortune n'y font rien, dit M. Antoine. Ce n'est donc pas de cela que nous pouvons nous servir. On ne peut pas reprocher non plus ?? un homme les d??fauts de sa personne. Ce que nous avons de mieux ?? dire, c'est que Gilberte ne veut pas se marier.
--Ah mais! Monsieur, un petit moment, dit Janille, je n'entends pas qu'on dise cela, moi; car si ce jeune homme allait le r??p??ter (comme cela ne peut manquer), il ne se pr??senterait plus personne, et je ne suis pas d'avis que ma fille se fasse religieuse.
--Il faut pourtant all??guer quelque chose, reprit M. Antoine. Disons, en ce cas, qu'elle ne veut pas se marier encore, et que nous la trouvons trop jeune.
--Oui, oui, c'est cela, mon p?��re! vous avez trouv?? la meilleure raison, et c'est la vraie; je ne veux pas me marier encore, je suis trop jeune.
--Ce n'est pas vrai! s'??cria Janille. Vous ?ates en ?��ge, et je pr??tends qu'avant peu vous trouviez un beau et bon mari qui vous plaise et qui nous plaise ?? tous.
--Ne pense pas ?? cela, ma m?��re, reprit Gilberte avec feu. Je te fais le serment devant Dieu que mon p?��re a dit la v??rit??. Je ne veux pas encore me marier, et je d??sire que tout le monde le sache, afin que tous les pr??tendants soient ??cart??s. Ah! si vous voulez m'entourer d'importunit??s pareilles, vous m'?��terez tout le bonheur dont je jouis aupr?��s de vous et vous me ferez une triste jeunesse! mais ce sera me rendre malheureuse en pure perte, car je ne changerai pas de r??solution, et je mourrai plut?��t que de me s??parer de vous.
--Et qui te parle de nous s??parer? dit Janille. L'homme qui t'aimera ne voudra pas te faire de peine; et toi, d'ailleurs, tu ne sais pas ce que tu penseras quand tu aimeras quelqu'un. Ah! ma pauvre enfant! ce sera peut-?atre alors notre tour de pleurer, car il est ??crit que la femme quittera son p?��re et sa m?��re pour suivre son mari, et celui qui a dit cela connaissait le c?��ur des femmes.
--Oh! s'??cria ?��mile, c'est l?? une loi d'ob??issance, et non une loi d'amour. L'homme qui aimera v??ritablement Gilberte aimera ses parents et ses amis comme les siens propres, et ne voudra pas plus l'en s??parer qu'il ne voudra s'en ??loigner lui-m?ame.??
Ici Janille rencontra les regards passionn??s des deux amants qui se cherchaient, et toute sa prudence lui revint.
??Pardine, Monsieur! dit-elle d'un ton un peu sec, vous vous m?alez de choses qui ne vous regardent gu?��re, et m'est avis que toutes mes explications sont bien d??plac??es devant vous; mais puisque vous vous ?ates obstin?? ?? les entendre, et que M. Antoine trouve cela fort sage, je vous dirai, moi, que je vous d??fends de r??p??ter, et surtout de croire ce que ma fille vient de dire dans un beau mouvement de d??pit contre votre Galuchet. Car enfin tous les hommes ne sont pas taill??s, Dieu merci, sur ce patron-l??, et nous n'avons pas besoin que le monde la condamne ?? rester fille, parce qu'elle veut un mari plus agr??able. Nous le lui trouverons fort bien, soyez tranquille; et ne vous imaginez pas que, parce qu'elle n'est pas riche comme vous, elle s??chera sur pied.
--Allons, allons, Janille! dit M. Antoine, en prenant la main d'?��mile, c'est vous qui dites des choses d??plac??es. Il semblerait que vous voulez faire de la peine ?? notre ami ... Vous hochez trop de la t?ate: je vous dis que c'est notre meilleur ami apr?��s Jean, qui a le droit d'anciennet??; et je d??clare que personne, depuis
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