vingt ans que je suis, par ma pauvret??, ?? m?ame d'appr??cier les sentiments d??sint??ress??s, ne m'a montr?? et inspir?? autant d'affection qu'?��mile. C'est pourquoi je dis qu'il ne sera jamais de trop dans nos petits secrets de famille. Il est, par sa raison, la noblesse de ses id??es et son instruction, fort au-dessus de son ?��ge et du n?��tre. C'est pourquoi nous ne pourrions prendre un meilleur conseil. Je le regarde comme le fr?��re de Gilberte, et je vous r??ponds que s'il se pr??sentait pour elle un parti sortable, il nous ??clairerait sur les convenances de caract?��re, qu'il s'emploierait pour faire r??ussir un mariage qui la rendrait heureuse, et pour emp?acher le contraire. Vos taquineries n'ont donc pas le sens commun, Janille; si je l'ai mis dans ma confidence, j'ai su ce que je faisais: vous me traitez aussi par trop comme un petit enfant!
--Ah bien! Monsieur, vous cherchez noise ?? votre tour? dit Janille tr?��s-anim??e. Eh bien, soit! c'est le jour des v??rit??s, et je parlerai, puisqu'on me pousse ?? bout. Je vous dis, moi, et je dis ?? M. ?��mile, parlant ?? sa personne, qu'il est beaucoup trop jeune pour ce r?��le d'ami de la maison, et que cela doit se refroidir un peu, ou vous en sentirez les inconv??nients. Par exemple, aujourd'hui m?ame, l'occasion s'en montre, et vous vous en apercevrez. Voil?? un jeune homme qui se pr??sente pour ??pouser Gilberte, nous n'en voulons point, c'est fort bien, c'est entendu; mais qui emp?achera ce pr??tendant ??conduit de croire et de dire, ne f??t-ce que pour se venger un peu, que c'est ?? cause de M. ?��mile, et de l'ambition qu'on a, dans la maison, de faire un riche mariage, qu'on n'??coute personne autre? Je ne dis pas que M. ?��mile soit capable d'avoir de pareilles id??es, je suis s??re du contraire. Il nous conna??t assez pour savoir qui nous sommes. Mais de sottes gens le penseront, et cela nous fera passer pour des sots. Comment! nous allons mettre M. Galuchet ?? la porte, parce que notre fille est trop jeune, soi-disant, et M. Cardonnet fils viendra toutes les semaines, comme s'il ??tait seul except??? ??a ne se peut pas, monsieur Antoine! Et vous, vous avez beau me regarder avec des yeux tendres, monsieur ?��mile, vous avez beau vous mettre ?? genoux aupr?��s de moi, et me prendre les mains comme si vous vouliez me faire une d??claration ... je vous aime, oui, j'en conviens, et je vous regretterai m?ame beaucoup; mais je n'en ferai pas moins mon devoir, puisque moi seule ai de la t?ate, de la pr??voyance et de la volont??, ici! Ah mais! vous partirez aussi, mon gar?��on, car ma mie Janille ne radote pas encore.??
Gilberte ??tait redevenue p?��le comme un lis, et M. Antoine avait de l'humeur, peut-?atre pour la premi?��re fois de sa vie. Il trouvait Janille d??raisonnable, et n'osant entrer en r??volte, il tirait l'oreille de Sacripant, qui, lui voyant un air f?��ch??, l'accablait de caresses et se laissait martyriser par sa main distraite. ?��mile ??tait ?? genoux entre Janille et Gilberte; son c?��ur d??bordait, et il ne pouvait plus se taire.
--??Ma ch?��re Janille, s'??cria-t-il enfin avec une ??motion imp??tueuse, et vous, digne et g??n??reux Antoine, ??coutez-moi, et apprenez enfin mon secret. J'aime votre fille, je l'aime avec passion depuis le premier jour o?1 je l'ai vue, et, si elle daigne agr??er mes sentiments, je vous la demande en mariage, non pour M. Galuchet, non pour aucun prot??g?? de mon p?��re, ni pour aucun de mes amis, mais pour moi-m?ame, qui ne puis vivre s??par?? d'elle, et qui ne me rel?��verai qu'avec son consentement et le v?��tre.
--Viens sur mon c?��ur, s'??cria M. Antoine transport?? de joie et d'enthousiasme; car tu es un noble enfant, et je savais bien qu'il n'y avait rien de plus grand et de plus loyal que ton ?��me!??
Et il serrait dans ses bras le svelte jeune homme comme s'il e??t voulu l'??touffer. Janille, attendrie, couvrit ses yeux de son mouchoir; mais tout ?? coup, renfon?��ant ses larmes:
??Voil?? des folies, monsieur Antoine, dit-elle, de vraies folies! Observez-vous et ne laissez pas aller votre c?��ur si vite. Certes, celui-l?? est un brave gar?��on, et, si nous ??tions riches, ou s'il ??tait pauvre, nous ne pourrions jamais mieux choisir; mais n'oublions pas que ce qu'il propose est impossible, que sa famille n'y consentira jamais, et qu'il vient de faire un roman dans sa petite cervelle. Si je ne vous aimais pas tant, ?��mile, je vous gronderais de monter ainsi l'imagination de M. Antoine, qui est encore plus jeune que la v?��tre, et qui est capable de prendre vos r?aves au s??rieux. Heureusement sa fille est plus raisonnable que lui et que moi. Elle n'est pas du tout troubl??e de vos douces paroles. Elle vous en sait gr??, et vous remercie de
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