Le péché de Monsieur Antoine, Tome 2 | Page 7

George Sand
l'?��me.

XXV.
L'EXPLOSION.
--Eh bien, qu'y a-t-il donc? dit Janille, qui vint les rejoindre dans une tonnelle ?? l'endroit du verger, o?1 ils s'??taient assis tous trois; pourquoi Gilberte est-elle toute d??faite, et pourquoi vous taisez-vous tous quand j'approche, comme si vous m??ditiez quelque complot???
Gilberte se jeta dans le sein de sa gouvernante et fondit en larmes.
??Eh bien, eh bien, reprit la petite bonne femme, en voici bien d'une autre! Ma fille a de la peine, et je ne sais point de quoi il s'agit! Parlerez-vous, monsieur Antoine?
--Est-ce que ce jeune homme est parti? dit M. Antoine en regardant autour de lui avec inqui??tude.
--Sans doute, car il m'a fait ses adieux, et je l'ai reconduit jusqu'?? la porte, dit Janille. J'ai eu quelque peine ?? m'en d??barrasser. Il est un peu lourd ?? s'expliquer, celui-l??! Il aurait souhait?? rester, je l'ai bien vu; mais je lui ai fait comprendre que de telles affaires ne se terminaient pas si vite, qu'il me fallait en conf??rer avec vous, et qu'on lui ??crirait, si on voulait le revoir pour un motif ou pour un autre. Mais, avant, qu'a donc ma fille? qui lui a fait du chagrin ici? Ah! mais, voici ma mie Janille pour la d??fendre et la consoler.
--Oh oui! toi, tu me comprendras, s'??cria Gilberte, et tu m'aideras ?? repousser l'injure, car je me trouve offens??e, et j'ai besoin de toi pour la faire comprendre ?? mon p?��re! Sache donc qu'il se fait presque l'avocat de M. Galuchet!
--Ah! tu es d??j?? au courant de ce qui se passe? En ce cas, ce sont donc des affaires de famille! Et moi aussi, j'en ai ?? vous conter; mais tout cela va ennuyer monsieur ?��mile?
--Je vous entends, ma ch?��re mademoiselle Janille, r??pondit le jeune homme, et je sais que les convenances ordinaires me commanderaient de me retirer; mais je suis trop int??ress?? ?? ce qui se passe ici pour m'astreindre ?? de vulgaires usages: vous pouvez parler devant moi, puisque maintenant je sais tout.
--Eh bien, Monsieur, si vous savez de quoi il s'agit, et si M. Antoine a trouv?? bon de s'expliquer devant vous, ce qui, entre nous soit dit, ??tait assez inutile, je parlerai donc comme si vous n'??tiez pas l??. Et d'abord, Gilberte, il ne faut pas pleurer: de quoi t'affliges-tu, ma fille? De ce qu'un malotru s'imagine ?atre digne de toi? Eh! mon Dieu, ce n'est pas la derni?��re fois que tu seras expos??e, mari??e ou non, ?? voir des gens avantageux te donner ?? rire; car il faut rire de cela, mon enfant, et ne point t'en f?��cher. Ce gar?��on croit te faire honneur et te donner une preuve d'estime; re?��ois-la de m?ame, et dis-lui, ou fais-lui dire tr?��s-s??rieusement que tu le remercies, mais que tu ne veux point de lui. Je ne vois point du tout pourquoi tu t'inqui?��tes: est-ce que tu t'imagines, par hasard, que je suis d'humeur ?? l'encourager? Ah! bien, oui, il aurait cent mille francs, cent millions d'??cus, que je ne le trouverais pas fait pour ma fille! Le vilain, avec ses gros yeux et son air content d'?atre au monde, qu'il aille plus loin! nous n'avons point ici de fille ?? lui donner! Ah! mais, ma mie Janille s'y conna??t, et sait qu'on ne met point, dans un bouquet, le chardon ?? c?��t?? de la rose.
--C'est bien parler, bonne Janille! s'??cria ?��mile, et vous ?ates digne d'?atre appel??e sa m?��re!
--Et qu'est-ce que cela vous fait, ?? vous, Monsieur! dit Janille, anim??e et mont??e par sa propre ??loquence; qu'avez-vous ?? voir dans nos petites affaires? Savez-vous du mal de ce pr??tendant? c'est fort inutile de nous le dire: nous n'avons pas besoin de vous pour nous en d??barrasser.
--Laisse, Janille, ne le gronde pas, dit Gilberte en caressant sa vieille amie. Cela me fait du bien d'entendre dire que les pr??tentions de cet homme-l?? sont un outrage pour moi, car je me sens humili??e d'y songer. J'en ai froid, j'en suis malade. Et mon p?��re ne comprend pas cela, pourtant! Mon p?��re se trouve honor?? par sa demande et ne saura rien lui dire pour me pr??server de sa vue!
--Ah! ah! reprit Janille en riant, c'est lui qui a tort comme ?? l'ordinaire, le m??chant homme! c'est lui qui fait pleurer sa fille! Ah mais! Monsieur, voulez-vous par hasard faire le tyran ici? Ne comptez pas l??-dessus, car ma mie Janille n'est pas morte et n'a pas envie de mourir.
--C'est cela, dit M. Antoine; c'est moi qui suis un despote, un p?��re d??natur??! Bien, bien! tombez sur moi, si cela vous soulage. Ensuite, ma fille voudra peut-?atre bien me dire ?? qui elle en a, et ce que j'ai fait de si criminel.
--Mon bon p?��re, dit Gilberte, en se jetant dans ses bras, laissons ces tristes plaisanteries, et d??p?ache-toi de renvoyer d'ici, pour toujours, M. Galuchet, afin que
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