Le péché de Monsieur Antoine, Tome 2 | Page 6

George Sand
ils y revinrent, et Galuchet prit aussi Janille ?? part pour lui confier ses intentions et donner ?? Antoine le temps de pr??venir Gilberte. Il comptait bien sur le d??pit qu'elle en ??prouverait; car, cette fois, n'??tant pas ivre, il voyait fort clairement l'air irrit?? d'?��mile, et les sentiments de Gilberte pour le protecteur qu'elle avait choisi.
??Cette fois-ci, se disait-il, M. Cardonnet ne me reprochera pas d'avoir perdu mon temps. Mes beaux amoureux vont ?atre dans une furieuse col?��re contre moi, et M. ?��mile ne pourra pas se tenir de me chercher noise.?? Galuchet n'??tait pas poltron, et bien qu'il ne suppos?��t pas ?��mile capable d'un duel ?? coups de poings, il se disait avec une certaine satisfaction qu'il ??tait de force ?? lui tenir t?ate. Quant ?? une v??ritable partie d'honneur, cela e??t ??t?? moins de son go??t, parce qu'il n'entendait rien aux armes courtoises; mais il pouvait bien compter que M. Cardonnet saurait l'en pr??server.
Pendant qu'il entretenait Janille, M. de Ch?��teaubrun resta avec sa fille et ?��mile dans le verger et leur raconta ce qui venait de se passer entre lui et Galuchet, mais avec quelques pr??cautions oratoires. ??Eh bien, dit-il, vous l'accusez d'?atre un sot et un impertinent, vous allez vous repentir de votre duret??; car c'est l?? v??ritablement un digne gar?��on, et j'en ai la preuve. Je puis raconter cela devant ?��mile qui est notre ami, et m?ame si Gilberte voulait examiner la chose sans pr??vention, elle pourrait lui demander des renseignements certains sur ce jeune homme ... dites, ?��mile, en votre ?��me et conscience, est-ce un homme probe?
--Sans aucun doute, r??pondit ?��mile. Mon p?��re l'emploie depuis trois ans, et serait tr?��s-f?��ch?? de le perdre.
--Est-il d'un bon caract?��re?
--Quoiqu'il n'en ait gu?��re donn?? la preuve ici l'autre jour, je dois dire qu'il est fort tranquille, et tout ?? fait inoffensif ?? l'habitude.
--Il n'est point sujet ?? s'enivrer?
--Non pas que je sache.
--Eh bien, qu'a-t-on ?? lui reprocher?
--S'il n'avait pas pris fantaisie de devenir notre commensal, je le trouverais accompli, dit Gilberte.
--Il te d??pla??t donc bien? reprit M. Antoine en s'arr?atant pour la regarder en face.
--Eh non, mon p?��re, r??pondit-elle, ??tonn??e de cet air solennel. Ne prenez pas mon ??loignement si fort au s??rieux. Je ne hais personne; et si la soci??t?? de ce jeune homme a quelque agr??ment pour vous, s'il vous a donn?? quelque raison plausible de l'estimer particuli?��rement, ?? Dieu ne plaise que je vous en prive par un caprice! Je ferai un effort sur moi-m?ame, et j'arriverai peut-?atre ?? partager la bonne opinion que mon digne p?��re a de lui.
--Voil?? parler comme une bonne et sage fille, et je reconnais ma Gilberte. Sache donc, petite, que c'est toi, moins que personne, qui dois m??priser le caract?��re de ce gar?��on-l??; que si tu n'??prouves aucun attrait pour lui, tu dois du moins le traiter avec politesse et le renvoyer avec bont??. Allons, me devines-tu?
--Pas le moins du monde, mon p?��re.
--Moi, je crains de deviner, dit ?��mile, dont les joues se couvrirent d'une vive rougeur.
--Eh bien, reprit M. Antoine, je suppose qu'un gar?��on assez riche, relativement ?? nous, remarque une belle et bonne fille qui est fort pauvre, et que, s'??prenant ?? la premi?��re vue, il vienne mettre ?? ses pieds les plus honn?ates pr??tentions du monde, faut-il le chasser brutalement, et lui jeter la porte au nez en lui disant: ??Non, Monsieur, vous ?ates trop laid???
Gilberte rougit autant qu'?��mile, et quelque effort d'humilit?? qu'elle p??t faire sur elle-m?ame, elle se sentit si outrag??e par les pr??tentions de Galuchet, qu'elle ne put rien r??pondre, et sentit ses yeux se remplir de larmes.
??Ce mis??rable a indignement menti, s'??cria ?��mile, et vous pouvez le chasser honteusement. Il n'a aucune fortune, et mon p?��re l'a tir?? de la derni?��re d??tresse. Or, il n'y a que trois ans qu'il l'emploie, et ?? moins que M. Galuchet n'ait fait tout ?? coup un h??ritage myst??rieux ...
--Non, ?��mile, non, il ne m'a pas fait de mensonge; je ne suis pas si faible et si cr??dule que vous croyez. Je l'ai interrog??, et je sais que la source de sa petite fortune est pure et certaine. C'est votre p?��re qui lui assure vingt mille francs pour se l'attacher ?? tout jamais par l'affection et la reconnaissance, au cas o?1 il se mariera dans le pays.
--Mais, sans doute, dit ?��mile d'une voix mal assur??e, mon p?��re ignore que c'est sur mademoiselle de Ch?��teaubrun qu'il a os?? lever les yeux, car il ne l'e??t pas encourag?? dans une semblable esp??rance.
--Tout au contraire, reprit M. Antoine, qui trouvait la chose fort naturelle; votre p?��re a re?��u la confidence de son go??t pour Gilberte, et il l'a autoris?? ?? se servir de son nom pour la demander en mariage.??
Gilberte devint p?��le comme la mort et regarda ?��mile, qui baissa les yeux, stup??fait, humili?? et bris?? au fond de
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