le lui dire et de le retenir ?? table, et il boira encore! Il est donc bon que je reste ici pour le forcer ?? s'observer.
--D'ailleurs je m'en charge, dit Janille, qui avait ??cout?? jusque-l?? sans dire son avis, et qui ha?��ssait Galuchet, depuis le jour o?1 il avait marchand?? avec elle pour une pi?��ce de dix sous qu'elle lui avait demand??e apr?��s lui avoir montr?? les ruines. J'aime beaucoup que monsieur boive son vin avec ses amis et les gens qui lui font plaisir; mais je ne suis pas d'avis de le gaspiller avec des pique-assiettes, et je vais baptiser d'importance celui de M. Galuchet. Ah! mais, Monsieur, tant pis pour vous, qui n'aimez point l'eau, cela vous forcera de ne pas rester longtemps ?? table.
--Mais, Janille, c'est une tyrannie, dit M. Antoine, tu vas me mettre ?? l'eau maintenant? tu veux donc ma mort?
--Non, Monsieur, vous n'en aurez le teint que plus frais, et tant pis pour ce petit monsieur s'il fait la grimace!??
Janille tint parole, mais Galuchet ??tait trop troubl?? pour s'en apercevoir. Il se sentait de plus en plus mal ?? l'aise devant ?��mile, dont les yeux et le sourire semblaient toujours l'interroger s??v?��rement, et, lorsqu'il voulait payer d'audace en faisant l'agr??able aupr?��s de Gilberte, il ??tait si mal re?��u, qu'il ne savait plus que devenir. Il avait r??solu de s'observer ?? l'endroit du clairet de Ch?��teaubrun, et il fut fort satisfait, lorsque, apr?��s le premier verre, son h?��te n'insista plus pour lui en faire avaler un second. M. Antoine, en lui donnant l'exemple de la premi?��re rasade, comme c'??tait son devoir d'h?��te campagnard, ??touffa un soupir, et lan?��a ?? Janille un regard de reproche pour la lib??ralit?? qui avait pr??sid?? ?? la ration d'eau. Charasson, qui ??tait dans la confidence de la vieille, partit d'un gros rire, et fut vertement r??primand?? par son ma??tre, qui le condamna ?? avaler ?? son souper le reste du breuvage inoffensif.
Quand Galuchet se fut convaincu qu'il ??tait insupportable ?? Gilberte et ?? ?��mile, il r??solut d'avancer ses affaires aupr?��s de M. Cardonnet, en risquant la demande en mariage. Il emmena M. Antoine ?? l'??cart, et, certain d'?atre refus??, il lui offrit son c?��ur, sa main et ses vingt mille francs pour sa fille. M. Galuchet crut ne rien risquer en doublant le capital fictif de sa dot.
Cette petite fortune, jointe ?? un emploi qui procurait ?? Galuchet un revenu de douze cents francs, causa quelque surprise ?? M. Antoine. C'??tait l?? un tr?��s-bon parti pour Gilberte, et elle ne pouvait esp??rer mieux, en fait de richesse; car enfin, il ??tait impossible au bon campagnard de lui fournir une dot quelconque, se d??pouill?��t-il enti?��rement. Personne au monde n'??tait plus d??sint??ress?? que ce brave homme; il en avait donn?? assez de preuves, sa vie durant. Mais il ne pensait pas sans quelque amertume que sa fille ch??rie, faute de rencontrer un homme qui l'aim?��t pour elle-m?ame, serait probablement condamn??e au c??libat pour longtemps, peut-?atre pour toujours! ??Quel malheur, se dit-il, que ce gar?��on ne soit pas aimable, car, ?? coup s??r, il est honn?ate et g??n??reux: ma fille lui pla??t, et il ne demande pas ce qu'elle a. Il sait sans doute qu'elle n'a rien, et il veut lui donner tout ce qu'il poss?��de. C'est un pr??tendant bien intentionn??, qu'il faut refuser honn?atement, avec douceur et amiti??.??
Et, ne sachant comment s'y prendre, n'osant exposer Gilberte au soup?��on d'?atre vaine de son nom, ou au ressentiment d'un c?��ur bless?? par son aversion, il ne trouva rien de mieux que de ne pas se prononcer, et de demander du temps pour r??fl??chir et se consulter. Galuchet demanda aussi la permission de revenir, non pas pr??cis??ment faire sa cour, mais s'informer de son sort, et il y fut autoris??, bien que le pauvre Antoine trembl?��t en lui faisant cette r??ponse.
Il le mena au bord de la rivi?��re pour l'installer ?? la p?ache, bien que Galuchet n'e??t rien apport?? pour cela, et d??sir?��t fort rester au ch?��teau. Antoine le promena du moins au bord de la Creuse pour lui indiquer les bons endroits, et, chemin faisant, il eut la faiblesse et la bonhomie de lui demander pardon pour les taquineries et les malices de Jean. Galuchet prit la chose ?? merveille, rejeta tout le tort sur lui-m?ame, en disant toutefois, pour se montrer sous un meilleur jour, qu'il avait ??t?? gris?? par surprise, et que s'il n'??tait pas capable de porter le vin, c'est parce qu'il ??tait habitu?? ?? une grande sobri??t??. ??A la bonne heure! dit Antoine, Janille avait craint que vous ne fussiez un peu intemp??rant; mais ce qui vous est arriv?? prouve bien le contraire.??
Ils caus?��rent assez longtemps, et Galuchet s'obstinant ?? ne pas partir, quoiqu'il v??t bien ?? l'inqui??tude de son h?��te qu'il e??t voulu ne pas le ramener au ch?��teau,

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