des bois, le cresson au bord d'une eau sans lit, et le lierre sur un rocher, qui, depuis des si?��cles, obstruait le sentier sans ??veiller les soucis de la police. Enfin, il aimait ces branches qui traversent le chemin et que le passant respecte, ces fondri?��res o?1 murmure la grenouille verte, comme pour avertir le voyageur, sentinelle plus vigilante que celle qui d??fend le palais des rois; ces vieux murs qui s'??croulent au bord des enclos et que personne ne songe ?? relever, ces fortes racines qui soul?��vent les terres et creusent des grottes au pied des arbres antiques; tout cet abandon qui fait la nature na?��ve, et qui s'harmonise si bien avec le type s??v?��re et le costume simple et grave du paysan.
Mais qu'au milieu de ce cadre aust?��re et grandiose, qui transporte l'imagination aux temps de la po??sie primitive, apparaisse cette mouche parasite, le monsieur aux habits noirs, au menton ras??, aux mains gant??es, aux jambes maladroites, et ce roi de la soci??t?? n'est plus qu'un accident ridicule, une tache importune dans le tableau. Que viennent-ils faire ?? la lumi?��re du soleil, vos v?atements de deuil, dont les ??pines semblent se rire comme d'une proie? Votre costume g?anant et disparate inspire alors la piti?? plus que les haillons du pauvre; on sent que vous ?ates d??plac?? au grand air et que votre livr??e vous ??crase.
Jamais cette remarque ne s'??tait pr??sent??e aussi vivement ?? la pens??e d'?��mile que lorsque Galuchet lui apparut, le chapeau ?? la main, gravissant la colline avec un mouvement p??nible qui faisait flotter ridiculement les basques de son habit, et s'arr?atant pour ??pousseter avec son mouchoir les traces de chutes fr??quentes, ?��mile eut envie de rire, et puis, il se demanda avec col?��re ce que la mouche parasite venait faire autour de la ruche sacr??e.
?��mile mit son cheval au galop, passa pr?��s de Galuchet sans avoir l'air de le reconna??tre, et, arrivant le premier ?? Ch?��teaubrun, il l'annon?��a ?? Gilberte comme une in??vitable calamit??.
??Ah! mon p?��re, dit la jeune fille, ne recevez pas cet homme si mal ??lev?? et si d??plaisant, je vous en supplie! ne nous laissez pas g?��ter notre Ch?��teaubrun, et notre int??rieur, notre laisser-aller si doux, par la pr??sence de cet ??tranger, qui ne peut et qui ne doit jamais sympathiser avec nous.
--Et que veux-tu donc que j'en fasse? r??pondit M. de Ch?��teaubrun embarrass??. Je l'ai invit?? ?? venir quand il voudrait; je ne pouvais pr??voir que toi, qui es si tol??rante et si g??n??reuse, tu prendrais en grippe un pauvre h?��re, ?? cause de son peu d'usage et de sa triste figure. Moi, ces gens-l?? me font peine; je vois que chacun les repousse et qu'ils s'ennuient d'?atre au monde!
--Ne croyez pas cela, dit ?��mile. Ils s'y trouvent fort bien, au contraire, et s'imaginent plaire ?? tous.
--En ce cas, pourquoi leur ?��ter une illusion, sans laquelle il leur faudrait mourir de chagrin? Moi, je n'ai pas ce courage, et je ne crois pas que ma bonne Gilberte me conseille de l'avoir.
--Mon trop bon p?��re! dit Gilberte en soupirant, je voudrais l'avoir aussi, cette bont??, et je crois l'avoir en g??n??ral; mais cet ?atre suffisant et satisfait de lui-m?ame, qui semble m'insulter quand il me regarde, et qui m'appelle par mon nom de bapt?ame le premier jour o?1 il me parle! non, je ne puis le supporter, et je sens qu'il me fait mal parce que sa vue me porte au d??dain et ?? l'ironie, contrairement ?? mes instincts et ?? mes habitudes de caract?��re.
--Il est certain que M. Galuchet se familiarisera beaucoup avec mademoiselle, dit ?��mile ?? M. Antoine, et que vous serez forc?? plus d'une fois de le rappeler au respect qu'il lui doit. S'il arrive qu'il vous oblige de le chasser, vous regretterez de l'avoir accueilli avec trop de confiance. Ne vaudrait-il pas mieux lui faire entendre aujourd'hui par un accueil un peu froid que vous n'avez pas oubli?? la mani?��re grossi?��re dont il s'est comport?? ?? sa premi?��re visite?
--Ce que je vois de mieux pour arranger l'affaire, dit M. de Ch?��teaubrun, c'est que vous alliez vous promener dans le verger avec Janille; moi, j'emm?��nerai le Galuchet ?? la p?ache, et vous en serez d??barrass??s.??
Cette proposition ne plaisait pas beaucoup ?? ?��mile. Lorsqu'il ??tait sous la surveillance de M. de Ch?��teaubrun, il pouvait se croire presque t?ate ?? t?ate avec Gilberte, au lieu que Janille ??tait un tiers autrement actif et clairvoyant. Et puis Gilberte pensait qu'il y avait de l'??go?��sme ?? laisser son p?��re subir seul le fardeau d'une telle visite. ??Non, dit-elle en l'embrassant, nous resterons pour te faire enrager; car si nous tournons le dos, tu vas redevenir si doux et si bon, que ce monsieur se croira, une fois pour toutes, le tr?��s-bien venu. Oh! je te connais, p?��re! tu ne pourras pas t'emp?acher de

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