Le Pèlerin du Silence | Page 5

Remy de Gourmont
nous fut p��nible. Je dis �� ma soeur:
--Il leur reste la satisfaction du devoir accompli et la joie de se redire en secret que la perle sociale est toujours une perle, m��me en l'obscurit�� de sa coquille close. Le plaisir d'��tre un sc��l��rat peut se savourer jusque dans le silence...
--Non, ce n'est pas la m��me chose: les ames viles jouissent surtout de l'ostentation de leur vilenie. Il leur faut l'estime �� laquelle elles ont droit; le silence et l'obscurit�� les rend inconsolables.
Quand ma soeur eut parl��, je la priai tr��s simplement de me d��voiler son nom.
?Je suis pierre et fleur, je suis dure et parfum��e, je suis transparente et charnue, je suis rude et je suis douce, je suis double et je suis une: ai-je dit pierre ou fleur, en disant Hyacinthe??
?O gemme de senteur, ? floraison adamantine et je ne sais quelle musique de paradis dans les syllabes fra?ches, une volupt�� si d��licate, des yeux si fraternels o�� le baiser s'alanguirait au charme de boire un merveilleux ��ther!?
Nous regardions les jeux de nos pareils, si dissemblables de nos r��ves, et sans nous targuer de la fiert�� triste des exil��s nous ��prouvames l'��tonnement de l'antipathie.
--Vous plaisez-vous �� vivre?
--Oh! si peu! r��pondit-elle, si peu que je ne sais si je vis vraiment. L'uniformit�� des jours me d��courage comme une s��quence de notes en l'accord majeur des f��licit��s nulles. J'ai r��v�� d'une blessure qui tombait sur moi d'en haut, de tr��s haut, et je remerciais la Douleur d'avoir pens�� �� mon coeur. Je fus touch��e de ce choix accidentel, mais je vois bien que je ne suis pas ��lue.
--La volont�� du martyre est le martyre lui-m��me, mais pourquoi de tels d��sirs? Jouissez de vos songes et de votre chair, et si quelqu'un dit votre nom avec amour, ne serez-vous pas joyeuse?
--Oui, d'avoir donn�� une joie, mais �� qui? Je voudrais, si j'aimais, d'exceptionnelles volupt��s et aller si loin que l'��ternit�� f?t jalouse de ma floraison ��ph��m��re.
--L'��ternit�� n'est pas jalouse, elle est protectrice, et l'abri de sa permanence est ouvert �� tout acte significatif: c'est le palais des symboles. Inaccessible aux vanit��s ��go?stes du geste quotidien, impitoyable aux pr��ventions n��gatives, son vantail accueille avec charit�� les esprits, qui accueillent en eux l'Esprit d'amour. Et autour du palais, il y a des ��tangs d'une invincible st��rilit��: ceux qui ont dit non tombent l��, et les fourmillements de la putr��faction m��me leur sont d��ni��s; ils deviennent le rien qu'ils voulurent, et les ��tangs sommeillent ��ternellement dans une invincible st��rilit��.
--Palais sans parfum et sans fleurs! O�� sont les fleurs?
--Elles sont peintes sur les murs.
--Elles sont mortes.
--Elles sont vivantes,--comme des pens��es!
Hyacinthe s'immobilisa selon l'id��e qui agissait en elle. Debout parmi les ombres pales d'une tapisserie, elle r��p��ta;
--Elles sont mortes! Elles sont peintes sur le mur!... Parfois il m'a sembl�� d'��tre peinte sur un mur, morte, ou vivante pas plus qu'une pens��e fan��e, et des apparences aussi mortes que moi passaient, passaient--comme maintenant! Comme toujours, n'est-ce pas? Suis-je autre qu'une des ombres pales de cette tapisserie morte? Ah! vous n'osez pas dire que je suis vivante? Vous ne l'oserez pas, si vous craignez le mensonge.
--Le privil��ge de vivre! Mais vous seriez la seule, Hyacinthe, la seule entre vos pareilles! Vous ne vivrez qu'en celui qui vous aura fait souffrir,--et cela ne suffit pas toujours. O folle plus primitive que les d��esses abolies, quelle ambroisie de divinit�� croyez-vous donc avoir bue par la na?vet�� de vos yeux bleus? Et m��me le Divin n'a pu vivre que par la souffrance et par la mort: il vint demander �� la candeur barbare le crucifiement de ses chairs ��lues et que son sang vierge, sous les verges, les ��pines, les clous, jaillit comme au d��sert les eaux fra?ches des roches attendries.
--Je veux affermir l'ombre que je suis, dit Hyacinthe, je veux me v��rifier et je veux m'exalter. Oh! le moyen, qu'importe, les ailes de velours de la Chim��re ou le dos rugueux du Dragon? Mais, je veux,--quoi?
--Abandonne-toi!
--Oui! Et pourtant je m'aime,--si rien!
--Tu es pr��destin��e.
--Ne fais pas violence �� ma volont��.

DUPLICIT��
Nous allames vers l'arborescence des piliers tordus dans la crypte. Eglise douce et discr��te o�� nous entend?mes les enfantines voix de la salutation et les psalmodiements int��rieurs de nos coeurs! il y avait de l'ombre et des fleurs, des cierges et de l'encens, et un grand silence, un silence d'adoration et de peur lorsque, sous les plis du suaire marqu�� de la croix, la Victime se levait pour b��nir.
--Damase, me dit Hyacinthe, agenouillez-vous et soyez p��nitent de mes fautes, puisque je dois vous appartenir: ayez soin de mes fins derni��res et qu'elles s'ach��vent en conformit�� avec les lois de la r��demption.
--Hyacinthe, je vous chargerai sur mes ��paules et je vous d��poserai aux pieds de la Mis��ricorde.
--Tu me l'as demand��,--je m'abandonne.
--Tout enti��re?
--Est-ce que je suis deux?
--Il y a la chair et l'esprit.
--Je ne suis
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