de l'harmonie, et comme qui dirait un suave et splendide parfum d'honn��tet��.
Quand il eut dormi une heure avec la placidit�� d'un soldat en campagne habitu�� �� mettre le temps �� profit, il se sentit tout �� fait bien, et nous nous repr?mes �� causer. Je lui parlai de Moserwald, ma nouvelle connaisance, et je lui rapportai les plaisanteries de ce grand sceptique sur sa position de consolateur oblig�� de madame de Valv��dre. Il faillit bondir d'indignation, mais je le contins.
--Apr��s ce que tu m'as dit de ton affection et de ton respect pour le caract��re du mari, il est tout �� fait inutile de te d��fendre d'une trahison indigne, et ce serait m��me me faire injure.
--Oui, oui, r��pondit-il avec vivacit��, je ne doute pas de toi; mais, si ce juif me tombe sous la main, il fera bien de ne pas me plaisanter sur un pareil sujet!
--Je ne pense pas qu'il pousse jusque-l�� son d��bordement d'esprit, quoique, apr��s tout, je ne sache de quoi il n'est pas capable avec sa candeur effront��e. Le connais-tu, ce Moserwald? N'est-il pas de Gen��ve?
--Non, il est Allemand; mais il vient souvent chez nous, je veux dire dans notre ville, et, sans lui avoir jamais parl��, je sais tr��s-bien que c'est un fat.
--Oui, mais si na?vement!
--C'est peut-��tre jou��, cette na?vet�� cynique. Que sait-on d'un juif?
--Comment, tu aurais des pr��jug��s de race, toi, l'homme de la nature?
--Pas le moindre pr��jug�� et pas la moindre pr��vention hostile. Je constate seulement un fait: c'est que l'isra��lite le plus insignifiant a toujours en lui quelque chose de profond��ment myst��rieux. Sommit�� ou ab?me, ce repr��sentant des vieux ages ob��it �� une logique qui n'est pas la n?tre. Il a retenu quelque chose de la doctrine ��sot��rique des hypog��es, �� laquelle Mo?se avait ��t�� initi��. En outre, la pers��cution lui a donn�� la science de la vie pratique et un sentiment tr��s-apre de la r��alit��. C'est donc un ��tre puissant que je redoute pour l'avenir de la soci��t��, comme je redoute pour cette for��t o�� nous voici la chute des blocs de granit que les glaces retiennent au-dessus d'elle. Je ne hais pas le rocher, il a sa raison d'��tre, il fait partie de la charpente terrestre. Je respecte son origine, et m��me je l'��tudie avec un certain trouble religieux; mais je vois la loi qui l'entra?ne, et qui, tout en le d��sagr��geant, r��unit dans une commune fatalit�� sa ruine et celle des ��tres de cr��ation plus moderne qui ont pouss�� sur ses flancs.
--Voil��, mon ami, une m��taphore par trop scientifique.
--Non, non, elle est juste! Notre sagesse, notre science religieuse et sociale ont pris racine dans la cendre du monde h��bra?que, et, ingrats disciples, nous avons voulu l'an��antir au lieu de l'amener �� nous suivre. Il se venge. C'est absolument comme ces arbres dont les racines avides et folles soul��vent les roches et creusent le chemin aux avalanches qui les engloutiront.
--Alors, selon toi, les juifs sont les futurs ma?tres du monde?
--Pour un moment, je n'en doute pas; apr��s quoi, d'autres cataclysmes les emporteront vite, s'ils restent juifs: il faut que tout se renouvelle ou p��risse, c'est la loi de l'univers; mais, pour en revenir �� Moserwald, quel qu'il soit, crains de te lier avec lui avant de le bien conna?tre.
--Je ne compte pas me lier jamais avec lui, bien que je le juge mieux que tu ne fais.
--Je ne le juge pas; je ne sais rien sur son compte qui m'autorise �� le soup?onner en tant qu'individu. Au contraire, je sais qu'il a la r��putation de tenir sa parole et d'��tre large en affaires plus qu'aucun de sa race; mais tu me dis qu'il parle l��g��rement de M. de Valv��dre, et cela me d��pla?t. Et puis il t'offre ses services, et cela m'inqui��te. On peut toujours avoir besoin d'argent, et la fable de Shylock est un symbole ��ternellement vrai. Le juif a instinctivement besoin de manger un morceau de notre coeur, lui qui a tant de motifs de nous ha?r, et qui n'a pas acquis avec le bapt��me la sublime notion du pardon. Je t'en supplies si tu te voyais entra?n�� �� quelque d��pense impr��vue, exc��dant s��rieusement tes ressources, adresse-toi �� moi, et jamais �� ce Moserwald. Jure-le-moi, je l'exige.
Je fus surpris de la vivacit�� d'Obernay, et me hatai de le rassurer en lui parlant de l'honn��te aisance de ma famille et de la simplicit�� de mes go?ts.
--N'importe, reprit-il, promets-moi de me regarder comme ton meilleur ami. Je ne sais quelle sera ta vie... D'apr��s ce que tu m'as laiss�� entrevoir hier de tes angoisses vis-��-vis de l'avenir et de ton m��contentement du pr��sent, je crains que les passions ne jouent un r?le trop imp��rieux dans ta destin��e. Il ne me semble pas que tu aies travaill�� �� te forger le frein n��cessaire...
--Quel frein? la botanique ou la g��ologie?
--Oh! si tu
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