��troites rues?Qu'assombrit le regret des splendeurs disparues!
C'est un boudoir meubl�� dans le go?t de l'Empire,?Jaune, tout en velours d'Utrecht. On y respire?Le charme un peu vieillot de l'Abbaye-aux-Bois:?Croix d'honneur sous un verre et petits meubles droits,?Deux portraits, -- une dame en turban qui regarde?Un pompeux colonel des lanciers de la garde?En grand costume, peint par le baron G��rard, --?Plus une harpe aupr��s d'un piano d'��rard,?Qui dut accompagner bien souvent, j'imagine,?Ce qu'Alonzo disait �� la tendre Imogine.
Champ��tres et lointains quartiers, je vous pr��f��re?Sans doute par les nuits d'��t��, quand l'atmosph��re?S'emplit de l'odeur forte et ti��de des jardins;?Mais j'aime aussi vos bals en plein vent d'o��, soudains,?S'��chappent les ��clats de rire �� pleine bouche,?Les polkas, le hochet des cruchons qu'on d��bouche,?Les gros verres trinquant sur les tables de bois,?Et, parmi le chaos des rires et des voix?Et du vent fugitif dans les ramures noires,?Le grincement rythm�� des lourdes balan?oires.
Le Grand-Montrouge est loin, et le dur charretier?A men�� sa voiture �� Paris, au chantier,?Pleine de lourds moellons, par les chemins de boue;?Et voici que, marchant �� c?t�� de la roue,?Il revient, ��coutant, de fatigue abreuv��,?Le pas de son cheval qui frappe le pav��.?Et moi, j'envie, au fond de mon coeur, ce pauvre homme;?Car lui, du moins, il a bon app��tit, bon somme,?Il vit sa rude vie ainsi qu'un animal,?Et l'automne qui vient ne lui fait pas de mal.
J'��cris pr��s de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge.?Toute petite, en noir, dans le grand fauteuil rouge,?Tranquille aupr��s du feu, ma vieille m��re est l��;?Elle songe sans doute au mal qui m'exila?Loin d'elle, l'autre hiver, mais sans trop d'��pouvante,?Car je suis sage et reste au logis, quand il vente.?Et puis, se souvenant qu'en octobre la nuit?Peut fra?chir, vivement et sans faire de bruit,?Elle met une b?che au foyer plein de flammes.?Ma m��re, sois b��nie entre toutes les femmes!
Volupt�� des parfums! -- Oui, toute odeur est f��e.?Si j'��pluche, le soir, une orange ��chauff��e,?Je r��ve de th��atre et de profonds d��cors;?Si je br?le un fagot, je vois, sonnant leurs cors,?Dans la for��t d'hiver les chasseurs faire halte;?Si je traverse enfin ce brouillard que l'asphalte?R��pand, infect et noir, autour de son chaudron,?Je me crois sur un quai parfum�� de goudron,?Regardant s'avancer, blanche, une go��lette?Parmi les diamants de la mer violette.
Noces du samedi! noces o�� l'on s'amuse,?Je vous rencontre au bois o�� ma flaneuse Muse?Entend venir de loin les cris fac��tieux?Des femmes en bonnet et des gars en messieurs?Qui leur donnent le bras en fumant un cigare,?Tandis qu'en un bosquet le mari�� s'��gare,?Souvent imberbe et jeune, ou parfois m?r et veuf,?Et tout fier de sentir sur sa manche en drap neuf,?Chef-d'oeuvre d'un tailleur-concierge de Montrouge,?Sa femme, en robe blanche, ��taler sa main rouge.
L'��cole. Des murs blancs, des gradins noirs, et puis?Un christ en bois orn�� de deux rameaux de buis.?La soeur de charit��, rose sous sa cornette,?Fait la classe, tenant sous son regard honn��te?Vingt fillettes du peuple en simple bonnet rond.?La bonne soeur! Jamais on ne lit sur son front?L'ennui de r��p��ter les choses cent fois dites!?Et, sur les premiers bancs, o�� sont les plus petites,?Elle ne veut pas voir tous les yeux ��pier?Un hanneton captif marchant sur du papier.
Depuis que son gar?on est parti pour la guerre,?La veuve met les deux couverts comme nagu��re,?Sert la soupe, remplit un grand verre de vin,?Puis, sur le seuil, attend qu'un envoy�� divin,?Un pauvre, passe l�� pour qu'elle le convie.?Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie,?Et la vieille maman prend sa peine en douceur.?Mais l'��picier d'en face est un libre penseur?Et songe: -- ?Peut-on croire �� de telles grimaces??Les superstitions abrutissent les masses.?
Il a neig�� la veille et, tout le jour, il g��le.?Le toit, les ornements de fer et la margelle?Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc,?Sont comme ouat��s, et, dans le jardin, tout est blanc.?Le gr��sil a fig�� la nature, et les branches?Sur un doux ciel perl�� dressent leurs gerbes blanches.?Mais regardez. Voici le coucher de soleil.?�� l'occident plus clair court un sillon vermeil.?Sa soudaine lueur f��erique nous arrose,?Et les arbres d'hiver semblent de corail rose.
De la rue on entend sa plaintive chanson.?Pale et rousse, le teint plein de taches de son,?Elle coud, de profil, assise �� sa fen��tre.?Tr��s sage et sachant bien qu'elle est laide peut-��tre,?Elle a son d�� d'argent pour unique bijou.?Sa chambre est nue, avec des meubles d'acajou.?Elle gagne deux francs, fait de la lingerie?Et jette un sou quand vient l'orgue de Barbarie.?Tous les voisins lui font leur bonjour le plus gai?Qui leur vaut son petit sourire fatigu��.
Dans ces bals qu'en hiver les m��res de famille?Donnent �� des bourgeois pour marier leur fille,?En faisant circuler assez souvent, pas trop,?Les petits-fours avec les verres de sirop,?Presque toujours la plus jolie et la mieux mise,?Celle qui pla?t et montre une grace permise,?Est sans dot, -- voulez-vous en tenir le pari?

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