Je me souviens qu'il est doux et sonore,?Comme ceux des aim��s que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,?Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave; elle a?L'inflexion des voix ch��res qui se sont tues.
VII
A UNE FEMME
A vous ces vers, de par la grace consolante?De vos grands yeux o�� rit et pleure un r��ve doux,?De par votre ame, pure et toute bonne, �� vous?Ces vers du fond de ma d��tresse violente.
C'est qu'h��las! le hideux cauchemar qui me hante?N'a pas de tr��ve et va furieux, fou, jaloux,?Se multipliant comme un cort��ge de loups?Et se pendant apr��s mon sort qu'il ensanglante.
Oh! je souffre, je souffre affreusement, si bien?Que le g��missement premier du premier homme?Chass�� d'��den n'est qu'une ��glogue au prix du mien!
Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme?Des hirondelles sur un ciel d'apr��s-midi,?--Ch��re,--par un beau jour de septembre atti��di.
VIII
L'ANGOISSE
Nature, rien de toi ne m'��meut, ni les champs?Nourriciers, ni l'��cho vermeil des pastorales?Siciliennes, ni les pompes aurorales,?Ni la solennit�� dolente des couchants.
Je ris de l'Art, je ris de l'Homme aussi, des chants,?Des vers, des temples grecs et des tours en spirales?Qu'��tirent dans le ciel vide les cath��drales,?Et je vois du m��me oeil les bons et les m��chants.
Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie?Toute pens��e, et quant �� la vieille ironie,?L'Amour, je voudrais bien qu'on ne m'en parlat plus.
Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille?Au brick perdu jouet du flux et du reflux,?Mon ame pour d'affreux naufrages appareille.
EAUX-FORTES
_A Fran?ois Copp��e_.
I
CROQUIS PARISIEN
La lune plaquait ses teintes de zinc
Par angles obtus.?Des bouts de fum��e en forme de cinq?Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.
Le ciel ��tait gris, la bise pleurait
Ainsi qu'un basson.?Au loin, un matou frileux et discret?Miaulait d'��trange et gr��le fa?on.
Moi, j'allais, r��vant du divin Platon
Et de Phidias,?Et de Salamine et de Marathon,?Sous l'oeil clignotant des bleus becs de gaz.
II
CAUCHEMAR
J'ai vu passer dans mon r��ve?--Tel l'ouragan sur la gr��ve,?D'une main tenant un glaive?Et de l'autre un sablier,
Ce cavalier
Des ballades d'Allemagne?Qu'�� travers ville et campagne,?Et du fleuve �� la montagne,?Et des for��ts au vallon,
Un ��talon
Rouge-flamme et noir d'��b��ne,?Sans bride, ni mors, ni r��ne,?Ni hop! ni cravache, entra?ne?Parmi des ralements sourds
Toujours! toujours!
Un grand feutre �� longue plume?Ombrait son oeil qui s'allume?Et s'��teint. Tel, dans la brume,?��clate et meurt l'��clair bleu
D'une arme �� feu.
Comme l'aile d'une orfraie?Qu'un subit orage effraie,?Par l'air que la neige raie,?Son manteau se soulevant
Claquait au vent,
Et montrait d'un air de gloire?Un torse d'ombre et d'ivoire,?Tandis que dans la nuit noire?Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.
III
MARINE
L'Oc��an sonore?Palpite sous l'oeil?De la lune en deuil?Et palpite encore,
Tandis qu'un ��clair?Brutal et sinistre?Fend le ciel de bistre?D'un long zigzag clair,
Et que chaque lame,?En bonds convulsifs,?Le long des r��cifs,?Va, vient, luit et clame,
Et qu'au firmament,?O�� l'ouragan erre,?Rugit le tonnerre?Formidablement.
IV
EFFET DE NUIT
La nuit. La pluie. Un ciel blafard que d��chiquette?De fl��ches et de tours �� jour la silhouette?D'une ville gothique ��teinte au lointain gris.?La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris?Secou��s par le bec avide des corneilles?Et dansant dans l'air noir des gigues non-pareilles,?Tandis que leurs pieds sont la pature des loups.?Quelques buissons d'��pine ��pars, et quelques houx?Dressant l'horreur de leur feuillage �� droite, �� gauche,?Sur le fuligineux fouillis d'un fond d'��bauche.?Et puis, autour de trois livides prisonniers?Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers?En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,?Luisent �� contresens des lances de l'averse.
V
GROTESQUES
Leurs jambes pour toutes montures,?Pour tous biens l'or de leurs regards,?Par le chemin des aventures?Ils vont haillonneux et hagards.
Le sage, indign��, les harangue;?Le sot plaint ces fous hasardeux;?Les enfants leur tirent la langue?Et les filles se moquent d'eux.
C'est qu'odieux et ridicules,?Et mal��fiques en effet,?Ils ont l'air, sur les cr��puscules,?D'un mauvais r��ve que l'on fait:
C'est que, sur leurs aigres guitares?Crispant la main des libert��s,?Ils nasillent des chants bizarres,?Nostalgiques et r��volt��s;
C'est enfin que dans leurs prunelles?Rit et pleure--fastidieux--?L'amour des choses ��ternelles,?Des vieux morts et des anciens dieux!
--Donc, allez, vagabonds sans tr��ves,?Errez, funestes et maudits,?Le long des gouffres et des gr��ves,?Sous l'oeil ferm�� des paradis!
La nature �� l'homme s'allie?Pour chatier comme il le faut?L'orgueilleuse m��lancolie?Qui vous fait marcher le front haut.
Et, vengeant sur vous le blasph��me?Des vastes espoirs v��h��ments,?Meurtrit votre front anath��me?Au choc rude des ��l��ments.
Les juins br?lent et les d��cembres?G��lent votre chair jusqu'aux os,?Et la fi��vre envahit vos membres,?Qui se d��chirent aux roseaux.
Tout vous repousse et tout vous navre,?Et quand la mort viendra pour vous,?Maigre et froide, votre cadavre?Sera d��daign�� par les loups!
PAYSAGES TRISTES
_A Catulle Mend��s_.
I
SOLEILS COUCHANTS
Une aube affaiblie?Verse par les champs?La m��lancolie?Des soleils couchants.?La m��lancolie?Berce de doux chants?Mon coeur qui s'oublie?Aux soleils couchants.?Et d'��tranges r��ves,?Comme des soleils?Couchants, sur les gr��ves,?Fant?mes vermeils,?D��filent sans tr��ves,?D��filent, pareils?A des grands soleils?Couchants, sur les gr��ves.
II
CR��PUSCULE DU SOIR MYSTIQUE
Le Souvenir avec le Cr��puscule?Rougeoie et tremble �� l'ardent horizon?De l'Esp��rance en flamme qui recule?Et s'agrandit ainsi qu'une cloison?Myst��rieuse o�� mainte floraison?--Dahlia, lys, tulipe et renoncule--?S'��lance autour d'un treillis, et circule?Parmi la maladive exhalaison?De parfums lourds et chauds,

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