murailles? Pour qui ai-je tout quitt��? Je ne parle pas de mes devoirs, je les m��prise; je ne parle pas de mon pays, de ma famille, de mes amis; avec de l'or, on en trouve partout. Mais l'h��ritage de mon p��re, o�� est-il? J'ai perdu mes ��paulettes; il n'y a donc que vous au monde �� qui je tienne. Non, non, celui qui a mis sa vie enti��re sur un coup de d�� ne doit pas si vite abandonner la chance.
LAURETTE.
Mais que voulez-vous de moi?
RAZETTA.
Je veux que vous veniez avec moi �� G��nes.
LAURETTE.
Comment le pourrais-je? Ignorez-vous que celle �� qui vous parlez ne s'appartient plus? H��las! Razetta, je suis princesse d'Eysenach.
RAZETTA.
Ah! rus��e V��nitienne, ce mot n'a pu passer sur tes l��vres sans leur arracher un sourire.
LAURETTE.
Il faut que je me retire... Adieu, adieu, mon ami.
RAZETTA.
Tu me quittes?--Prends-y garde; je n'ai pas ��t�� jusqu'�� pr��sent de ceux que la col��re rend faibles. J'irai te demander �� ton second p��re l'��p��e �� la main.
LAURETTE.
Je l'avais pr��vu que cette nuit nous serait fatale. Ah! pourquoi ai-je consenti �� vous voir encore une fois!
RAZETTA.
Es-tu donc une Fran?aise? Le soleil du jour de ta naissance ��tait-il donc si pale que le sang soit glac�� dans tes veines?... ou ne m'aimes-tu pas? Quelques b��n��dictions d'un pr��tre, quelques paroles d'un roi ont-elles chang�� en un instant ce que deux mois de supplice,... ou mon rival peut-��tre...
LAURETTE.
Je ne l'ai pas vu.
RAZETTA.
Comment? Tu es cependant princesse d'Eysenach?
LAURETTE.
Vous ne connaissez pas l'usage de ces cours. Un envoy�� du prince, le baron Grimm, son secr��taire intime, est arriv�� ce matin.
RAZETTA.
Je comprends. On a plac�� ta froide main dans la main du vassal insolent, d��cor�� des pouvoirs du ma?tre; la royale procuration, sanctionn��e par l'officieux chapelain de Son Excellence, a r��uni aux yeux du monde deux ��tres inconnus l'un �� l'autre. Je suis au fait de ces c��r��monies. Et toi, ton coeur, ta t��te, ta vie, marchand��s par entremetteurs, tout a ��t�� vendu au plus offrant; une couronne de reine t'a faite esclave pour jamais; et cependant ton fianc��, enseveli dans les d��lices d'une cour, attend nonchalamment que sa nouvelle ��pouse...
LAURETTE.
Il arrive ce soir �� Venise.
RAZETTA.
Ce soir? Ah vraiment! voil�� encore une imprudence de m'en avertir.
LAURETTE.
Non, Razetta; je ne puis croire que tu veuilles ma perte; je sais qui tu es et quelle r��putation tu t'es faite par des actions qui auraient d? m'��loigner de toi. Comment j'en suis venue �� t'aimer, �� te permettre de m'aimer moi-m��me, c'est ce dont je ne suis pas capable de rendre compte. Que de fois j'ai redout�� ton caract��re violent, excit�� par une vie de d��sordres qui seule aurait d? m'avertir de mon danger!--Mais ton coeur est bon.
RAZETTA.
Tu te trompes; je ne suis pas un lache, et voil�� tout. Je ne fais pas le mal pour le bien; mais, par le ciel! je sais rendre le mal pour le mal. Quoique bien jeune, Laurette, j'ai trop connu ce qu'on est convenu d'appeler la vie pour n'avoir pas trouv�� au fond de cette mer le m��pris de ce qu'on aper?oit �� sa surface. Sois bien convaincue que rien ne peut m'arr��ter.
LAURETTE.
Que feras-tu?
RAZETTA.
Ce n'est pas, du moins, mon talent de spadassin qui doit t'effrayer ici. J'ai affaire �� un ennemi dont le sang n'est pas fait pour mon ��p��e.
LAURETTE.
Eh bien donc?...
RAZETTA.
Que t'importe? c'est �� moi de m'occuper de moi. Je vois des flambeaux traverser la galerie; on t'attend.
LAURETTE.
Je ne quitterai pas ce balcon que tu ne m'aies promis de ne rien tenter contre toi, ni contre...
RAZETTA.
Ni contre lui?
LAURETTE.
Contre cette Laurette que tu dis avoir aim��e, et dont tu veux la perte. Ah! Razetta, ne m'accablez pas; votre col��re me fait fr��mir. Je vous supplie de me donner votre parole de ne rien tenter.
RAZETTA.
Je vous promets qu'il n'y aura pas de sang.
LAURETTE.
Que vous ne ferez rien; que vous attendrez,... que vous tacherez de m'oublier, de...
RAZETTA.
Je fais un ��change; permettez-moi de vous suivre.
LAURETTE.
De me suivre, ? mon Dieu!
RAZETTA.
�� ce prix, je consens �� tout.
LAURETTE.
On vient... Il faut que je me retire... Au nom du ciel... Me jurez-vous?...
RAZETTA.
Ai-je aussi votre parole? alors vous avez la mienne.
LAURETTE.
Razetta, je m'en fie �� votre coeur; l'amour d'une femme a pu y trouver place, le respect de cette femme l'y trouvera. Adieu! adieu! Ne voulez-vous donc point de cette croix?
RAZETTA.
Oh! ma vie!
Il re?oit la croix; elle se retire.
RAZETTA, seul.
Ainsi je l'ai perdue.--Razetta, il fut un temps o�� cette gondole, ��clair��e d'un falot de mille couleurs, ne portait sur cette mer indolente que le plus insouciant de ses fils. Les plaisirs des jeunes gens, la passion furieuse du jeu t'absorbaient; tu ��tais gai, libre, heureux; on le disait, du moins; l'inconstance, cette soeur de la folie, ��tait ma?tresse de tes actions; quitter une femme te co?tait quelques larmes; en ��tre quitt�� te co?tait un sourire. O�� en es-tu arriv��?
Mer profonde, heureusement il t'est facile d'��teindre

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