d'extension; et d��s qu'il touche �� vos proches, le suicide s'appelle meurtre. Songez aux petites t��tes blondes, et songez aux cheveux blancs. ��coutez, tout �� l'heure, Enjolras, il vient de me le dire, a vu au coin de la rue du Cygne une crois��e ��clair��e, une chandelle �� une pauvre fen��tre, au cinqui��me, et sur la vitre l'ombre toute branlante d'une t��te de vieille femme qui avait l'air d'avoir pass�� la nuit et d'attendre. C'est peut-��tre la m��re de l'un de vous. Eh bien, qu'il s'en aille, celui-l��, et qu'il se d��p��che d'aller dire �� sa m��re: M��re, me voil��! Qu'il soit tranquille, on fera la besogne ici tout de m��me. Quand on soutient ses proches de son travail, on n'a plus le droit de se sacrifier. C'est d��serter la famille, cela. Et ceux qui ont des filles, et ceux qui ont des soeurs! Y pensez-vous? Vous vous faites tuer, vous voil�� morts, c'est bon, et demain? Des jeunes filles qui n'ont pas de pain, cela est terrible. L'homme mendie, la femme vend. Ah! ces charmants ��tres si gracieux et si doux qui ont des bonnets de fleurs, qui chantent, qui jasent, qui emplissent la maison de chastet��, qui sont comme un parfum vivant, qui prouvent l'existence des anges dans le ciel par la puret�� des vierges sur la terre, cette Jeanne, cette Lise, cette Mimi, ces adorables et honn��tes cr��atures qui sont votre b��n��diction et votre orgueil, ah mon Dieu, elles vont avoir faim! Que voulez-vous que je vous dise? Il y a un march�� de chair humaine, et ce n'est pas avec vos mains d'ombres, fr��missantes autour d'elles, que vous les emp��cherez d'y entrer! Songez �� la rue, songez au pav�� couvert de passants, songez aux boutiques devant lesquelles des femmes vont et viennent d��collet��es et dans la boue. Ces femmes-l�� aussi ont ��t�� pures. Songez �� vos soeurs, ceux qui en ont. La mis��re, la prostitution, les sergents de ville, Saint-Lazare, voil�� o�� vont tomber ces d��licates belles filles, ces fragiles merveilles de pudeur, de gentillesse et de beaut��, plus fra?ches que les lilas du mois de mai. Ah! vous vous ��tes fait tuer! ah! vous n'��tes plus l��! C'est bien; vous avez voulu soustraire le peuple �� la royaut��, vous donnez vos filles �� la police. Amis, prenez garde, ayez de la compassion. Les femmes, les malheureuses femmes, on n'a pas l'habitude d'y songer beaucoup. On se fie sur ce que les femmes n'ont pas re?u l'��ducation des hommes, on les emp��che de lire, on les emp��che de penser, on les emp��che de s'occuper de politique; les emp��cherez-vous d'aller ce soir �� la morgue et de reconna?tre vos cadavres? Voyons, il faut que ceux qui ont des familles soient bons enfants et nous donnent une poign��e de main et s'en aillent, et nous laissent faire ici l'affaire tout seuls. Je sais bien qu'il faut du courage pour s'en aller, c'est difficile; mais plus c'est difficile, plus c'est m��ritoire. On dit: J'ai un fusil, je suis �� la barricade, tant pis, j'y reste. Tant pis, c'est bient?t dit. Mes amis, il y a un lendemain, vous n'y serez pas �� ce lendemain, mais vos familles y seront. Et que de souffrances! Tenez, un joli enfant bien portant qui a des joues comme une pomme, qui babille, qui jacasse, qui jabote, qui rit, qu'on sent frais sous le baiser, savez-vous ce que cela devient quand c'est abandonn��? J'en ai vu un, tout petit, haut comme cela. Son p��re ��tait mort. De pauvres gens l'avaient recueilli par charit��, mais ils n'avaient pas de pain pour eux-m��mes. L'enfant avait toujours faim. C'��tait l'hiver. Il ne pleurait pas. On le voyait aller pr��s du po��le o�� il n'y avait jamais de feu et dont le tuyau, vous savez, ��tait mastiqu�� avec de la terre jaune. L'enfant d��tachait avec ses petits doigts un peu de cette terre et la mangeait. Il avait la respiration rauque, la face livide, les jambes molles, le ventre gros. Il ne disait rien. On lui parlait, il ne r��pondait pas. Il est mort. On l'a apport�� mourir �� l'hospice Necker, o�� je l'ai vu. J'��tais interne �� cet hospice-l��. Maintenant, s'il y a des p��res parmi vous, des p��res qui ont pour bonheur de se promener le dimanche en tenant dans leur bonne main robuste la petite main de leur enfant, que chacun de ces p��res se figure que cet enfant-l�� est le sien. Ce pauvre m?me, je me le rappelle, il me semble que je le vois, quand il a ��t�� nu sur la table d'anatomie, ses c?tes faisaient saillie sous sa peau comme les fosses sous l'herbe d'un cimeti��re. On lui a trouv�� une esp��ce de boue dans l'estomac. Il avait de la cendre dans les dents. Allons, tatons-nous en conscience et prenons conseil de
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