un coup? (Ils vident un autre verre.) Je gagerais qu'y a pas longtemps que vous ��tes arriv�� par icitte.
AUGUSTE--Quelques heures seulement. J'��tais �� bord du Volcan, le navire fran?ais arriv�� de ce matin. Il y a vingt-deux ans que j'ai quitt�� le Canada.
CAYOU--J'ai vu ?a tout de suite, que vous ��tiez canayen. Et vous r'venez vous ��tablir dans le pays, je suppose.
AUGUSTE--Je ne sais pas; cela d��pendra des affaires que j'ai �� r��gler ce soir avec Jolin.
CAYOU--Vous allez chez Jolin �� soir?
AUGUSTE--Oui; qu'y a-t-il l�� de si extraordinaire?
JOSEPTE--Cayou, tu sais... tourne...
AUGUSTE--Voyons, qu'y a-t-il?
CAYOU--Rien. On prend-y encore une larme?
AUGUSTE--Pas d'objection. A la saluta! (Ils trinquent.) Mais corpo di Baccho! vous ne m'avez pas dit comment ce vieux coquin de Jolin a fait sa fortune.
CAYOU--Comment il a fait sa fortune? C'est pas ais�� �� dire, ?a. Le vieux DesRivi��res ��tait mort; le fils Auguste, un mauvais sujet qui s'��tait m��l�� aux troubles de 37, avait ��t�� exil��. Jolin montra des actes prouvant qu'il avait achet�� et pay�� comptant toutes les propri��t��s. ?a parut dr?le; mais les actes ��taient en r��gle; la signature ��tait bonne; on finit par n'y plus penser. Depuis ce temps l��, Jolin s'est toujours enrichi; il a amass�� piastre sur piastre, et il s'est retir�� au Domaine o�� il vit comme un ours.
AUGUSTE--Et ce jeune homme, ce mauvais sujet, l'exil��, en a-t-on jamais entendu parler? Est-il jamais revenu dans le pays?
CAYOU--Non; quand les autres exil��s sont revenus, j'ai entendu dire comme ?a, �� travers les branches qu'il avait p��ri en voulant s'��chapper du batiment qui les emmenait dans les pays chauds, aux Barmules qu'ils appellent ces pays-l��, je pense. Mais y avait pas de danger qu'il se remontre par icitte. Il avait affront�� une jeune demoiselle qu'il avait mari��e en cachette, dans les ��tats; ��pi tu�� son beau-fr��re en duel, comme y disent, parce qu'il voulait venger ce qu'ils appellent l'honneur de la famille. Apr��s ?a, y fut s'fourrer parmi les r��volt��s des paroisses d'en-haut. Il fut poign��, condamn�� �� ��tre pendu, un tas d'affaires; enfin il fut exil�� avec les autres. Toujours qu'il est mort, et ma foi, y a pas de mal �� ?a: y en a toujours assez de ces vauriens-l�� dans le monde!
AUGUSTE--Amen! Mais pour en revenir �� Jolin, est-ce qu'il passe pour honn��te homme?
CAYOU--Hum! hum! Jolin est un peu avaricieux: Il para?t qu'il shave un peu dur. Et pis, y a la bande de voleurs du Carouge qui ont l'air de pas trop l'ha?r...
AUGUSTE--Une bande de voleurs?
CAYOU--Oui, des tueurs, des meurtriers, qui volent le monde, les ��glises, tout. Tenez, je vous assure que c'est pas trop hardi de s'aventurer sur la route, le soir, de ce temps-citte. Et puis y en a qu'ont vu Jolin--�� ce qui para?t--r?der la nuit avec des gens qu'avaient une petite mine. Enfin, c'est un homme qui fait jaser, quoi.
JOSEPTE--C'est honteux de r��p��ter de pareils bavardages. Parce que M. Jolin est un homme qui sort pas beaucoup, parce qu'il vit un peu seul, les gens de Sillery font des tas d'histoires; c'est honteux!
AUGUSTE--Vous dites que Jolin vit seul au Domaine?
JOSEPTE--Seul... pas tout �� fait. Depuis quelque temps y s'est ennuy��; il a fait venir chez lui une veuve avec sa fille... du beau monde, mais qu'avaient pas la t?le. C'est une bonne oeuvre qu'il a faite l��.
CAYOU--Cr�� tire-bouchon! il avait ben ses raisons pour ��tre aussi charitable.
JOSEPTE--Tais-toi, Cayou! c'est encore les mauvaises langues qui disent ?a. ?a va faire un mariage, vous verrez.
ADRIEN, se levant brusquement--Jamais!... Pierre Jolin n'��pousera Blanche Saint-Vallier qu'en me passant sur le corps!
JOSEPTE, plus bas--Ah! tiens, je l'avais oubli�� lui. Le pauvre jeune homme est emmourach�� de la demoiselle, vous savez; mais la m��re veut pas en entendre parler. C'est pourtant un jeune homme comme il faut, allez, je vous assure. C'est un clerc avocat, de Montr��al, �� ce qui para?t... Y passe presque tout son temps �� ��crire des lettres.
AUGUSTE--Oui?... Pauvre gar?on, chacun son tour (Se levant.) Allons, bonnes gens, merci de vos renseignements sur ma?tre Jolin. D��cid��ment ?a ne me para?t pas du bois de calvaire. Mais je saurai bient?t �� quoi m'en tenir, car je mets le cap de ce c?t��; et cette nuit m��me, Jolin et moi, nous nous reverrons.
CAYOU--Vous allez si tard au Domaine?
AUGUSTE--Pourquoi pas? y aurait-il quelque danger?
JOSEPTE--Y a les brigands, vous savez.
AUGUSTE--Ah! quant �� cela...
JOSEPTE--Et puis vous pourriez vous ��carter; il fait si noir!
AUGUSTE--Oh! je connais le chemin.
CAYOU--Et puis vous entrerez certainement pas chez M. Jolin �� cette heure-citte. La porte se ferme au soleil couch��, et le diable la ferait pas rouvrir.
AUGUSTE--Eh bien, je serai plus fort que le diable, voil�� tout. Allons, salam alicum! c'est-��-dire god nicht! (Il va pour sortir.)
CAYOU--Eh ben, et vot' d��pense?
AUGUSTE--Ah! ah! c'est juste. J'ai vu des pays barbares o�� le voyageur entre dans la premi��re case venue, se fait servir ce

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