cheveux blonds... Mais le bateau s'��branle �� grand bruit de roues; il semble que l'on quitte un lieu de f��erie; les regards demeurent fix��s sur l'ombre magique des arbres dont les fen��tres lumineuses se r��tr��cissent jusqu'�� former de petits points scintillants que l'on peut confondre d��j�� avec les ��toiles naissantes.
Les cloches du soir commen?aient �� tinter; d'une rive �� l'autre, elles se passaient gracieusement leurs jolies notes heureuses. La clochette du bateau, �� l'annonce des stations, couvrait parfois ce concert lointain d'un rythme plus alerte qu'accentuait la voix du matelot pr��t �� jeter le cable d'abordage. Rien n'est ��mouvant, dans la nuit, comme l'��clat soudain de ces syllabes sonores ��voquant des endroits renomm��s par leur beaut��. Un Italien fin et joli comme un Praxit��le, et �� qui souriaient toutes les filles en cheveux assises �� l'avant, lan?a, d'un timbre admirable, le nom d'Isola Bella. Et on e?t dit qu'il avait la conscience de la merveille de marbre, de fleurs, de fruits et de soleil, dont il ��voquait l'image, avec une sorte d'impudeur triomphante, dans l'esprit de tous ces voyageurs en qu��te de volupt��. ?Isola Bella! Isola Bella!? r��p��ta-t-il, faisant frissonner quelques-uns d'un vague et large d��sir.
Cependant, au lieu de s'efforcer, comme la plupart de ses compagnons de voyage, �� d��couvrir dans l'ombre l'��chelonnement imposant des terrasses d'Isola Bella, Gabriel Dompierre demeurait attach�� �� la figure de la ?Sir��ne?, et semblait ��pier un mouvement qui lui f?t distinguer plus nettement ses traits. Lorsque la cloche annon?a la station de Stresa, o�� il descendait avec son ami, il eut la satisfaction de voir la jeune femme se lever et donner des ordres �� la domestique au sujet des bagages. Stresa n'ayant qu'un grand h?tel, �� moins que la ?Sir��ne? ne f?t log��e dans quelque villa particuli��re, il avait donc chance de pouvoir la retrouver et exercer �� nouveau la curiosit�� qu'elle lui avait inspir��e d��s le premier aspect.
Dans le tumulte du d��barquement, il la vit un instant debout sous la lumi��re crue d'un bec de gaz. Il ne put ma?triser un vif mouvement, et poussa du c?t�� de son compagnon cette exclamation na?ve:
--C'est elle!
L'Anglais, que les questions de personnalit�� ne touchaient point, ne manifesta m��me pas d'un signe qu'il prenait part �� l'��motion subite du jeune homme. Cette femme lui avait paru belle, et il l'avait divinis��e aussit?t dans son esprit: il n'e?t pas fait un pas pour savoir son nom.
Mais Gabriel, sans douter un seul instant que quelqu'un p?t ��tre insensible �� la d��couverte qui le remuait si profond��ment, empoignait le bras de Dante-L��onard-William, et le renseignait avec une abondance superflue:
--Hein? Qu'est-ce que vous dites de cela? Est-ce assez fort? Qui est-ce qui e?t pr��vu que ce serait vous qui viendriez me faire descendre de ma passerelle pour me montrer la femme dont je ne cesse de vous parler depuis quelques semaines que j'ai l'avantage de vous conna?tre?... Vous ne le croyez pas? Je vous affirme que c'est elle, je l'ai parfaitement reconnue: telle que je l'ai vue l�� tout �� l'heure, je la revois encore, il y a un an, debout contre la balustrade des jardins du Pincio, les yeux tourn��s vers le D?me de Saint-Pierre, sans para?tre rien voir cependant, le regard suspendu au-dessus de Rome, hors du monde, comme il arrive si souvent aux femmes lorsqu'elles ��coutent de la musique. Je l'ai vue l��, trois matins de suite,--?a je vous l'ai dit d��j�� vingt fois, tant pis!...--Le second matin je montais au Pincio pour le plaisir de la voir; le troisi��me matin c'��tait d��j�� pour souffrir de sa vue, car elle avait fait sur moi une impression extraordinaire, ineffa?able...
--Je reprends moi-m��me la suite, dit l'Anglais, sans perdre un pouce de sa gravit�� imperturbable... Les deux premiers jours, elle paraissait attendre quelqu'un, et vous tremblez d��j�� par l'appr��hension de conna?tre l'homme qui avait le bonheur d'��tre le mari ou l'amant de cette femme; mais elle quittait toute seule les jardins, au moment o�� sonnait midi �� la villa M��dicis. Le troisi��me jour, comme vous vous pr��pariez �� la suivre afin de savoir au moins qui elle ��tait, vous ��tiez clou�� sur place par l'arriv��e de l'heureux mortel attendu. Il avait une silhouette s��duisante, c'est tout ce que vous aviez pu observer de sa personne, car l'inconnue s'��tait hat��e de le rejoindre d��s qu'elle l'avait aper?u au tournant d'une all��e...
--Vous vous moquez de moi!
--Non pas! Je veux vous prouver seulement que je me suis acquitt�� convenablement du r?le que vous ��tiez en droit d'exiger de moi, en qualit�� de compagnon de voyage: je vous ai ��cout��. N'aviez-vous pas, en retour, accord�� la m��me attention complaisante �� mille dissertations de ma part qui ne vous touchaient pas plus en r��alit�� que ne le faisait �� moi la confidence de vos amours? Le premier besoin de l'homme, peut-��tre avant le boire et

Continue reading on your phone by scaning this QR Code
Tip: The current page has been bookmarked automatically. If you wish to continue reading later, just open the
Dertz Homepage, and click on the 'continue reading' link at the bottom of the page.