pas pens�� �� la conclusion qui se pr��sentait.
--Mon refuge sera dans la mort. Oui, je me tuerai, moi et mon enfant!
Elle se leva hautaine, indign��e; ses yeux ��tincelaient.
--Eh! s'��cria Bromirski avec humeur, je ne demande qu'�� r��fl��chir; il ne s'agit plus d'une bagatelle!
--R��fl��chir! Vous n'avez pas r��fl��chi, avant de d��shonorer une fille innocente qu'aveuglait une passion insens��e... Ah! je me suis bien tromp��e! Aujourd'hui, je vous connais, je vous juge; vous n'��tiez pas digne de mon sacrifice; adieu...
--Warwara!... Je vous conjure...
Elle ��tait d��j�� loin. Le baron courut apr��s elle sans bonnet, en robe de chambre, puis, d��sesp��rant de l'atteindre, il fit atteler; ce fut en vain; il ne la trouva nulle part. ��perdu, il arriva chez madame Gondola; Warwara n'y ��tait pas... Avait-elle donc r��alis�� ses menaces! Quelle responsabilit�� terrible pesait sur lui! Sous quel fardeau g��missait sa conscience! Des heures s'��coul��rent.
Il perdait la t��te de plus en plus; enfin l'infortun��e rentra, et �� sa vue il fut tout pr��s de d��faillir comme un condamn�� qui re?oit sa grace sous la potence. Elle ne lui accorda pas un regard; elle ne r��pondit pas un mot, lorsqu'il balbutia:
--Pardon! je suis, en principe, ennemi du mariage, mais si ce que vous m'avez dit est vrai... attendons encore un peu!...
Warwara vivait. N'ayant plus �� redouter un p��ril pour elle, il se remettait �� d��fendre, mais faiblement d��sormais, sa propre libert��.
Pendant les semaines qui suivirent, il ne put obtenir d'��tre re?u; enfin, il for?a la porte et trouva sa victime ��tendue sur un lit de repos, assez pale et d��faite. Une ample kazaba?ka l'enveloppait; elle travaillait �� un petit ouvrage de lingerie.
--Que cousez-vous donc l��? demanda-t-il pour dire quelque chose.
Warwara lui montra une brassi��re d'enfant avec un geste dont l'��loquence acheva de triompher des h��sitations de Bromirski. Se tournant vers madame Gondola:
--Madame, dit-il, j'��tais venu vous demander la main de votre fille.
--Prenez-la, s'��cria madame Gondola avec son accent le plus path��tique, elle est �� vous!
Les noces furent c��l��br��es sans bruit, et le baron emmena aussit?t sa nouvelle ��pouse dans la belle terre de Separowze, qu'il poss��dait aux environs de Kolomea. Madame Gondola les suivit jusqu'�� cette derni��re ville, o�� elle s'installa aux frais de son gendre, cela va sans dire.
L'amoureux baron ne la quittant plus une minute, il devint difficile pour Warwara de jouer plus longtemps la com��die.
Elle se d��cida donc �� un coup hardi, peu de jours apr��s son mariage. Elle attendit le soir Bromirski dans un n��glig�� qui dessinait effront��ment les lignes sveltes de sa taille aussi mince que jamais. Le baron ne l'avait vue depuis longtemps qu'empaquet��e dans les plis menteurs d'une ��paisse kazaba?ka; il demeura stup��fait, regardant sa femme d'abord, puis le plancher et de nouveau sa femme. Celle-ci s'��tait jet��e �� ses pieds, les mains au ciel, en jurant que l'amour seul, pouss�� jusqu'au d��lire, lui avait dict�� un subterfuge dont elle s'accusait humblement, mais qu'elle saurait tout r��parer en ne vivant que pour lui, comme sa servante, comme son esclave!
Bromirski, tout ��mu par la preuve de passion que lui donnait une femme si jeune et si belle, la releva aussit?t et la consola plut?t qu'il ne lui fit des reproches. Elle l'avait envelopp�� de ses charmes comme d'un filet aussi difficile �� secouer que la robe m��me de Nessus. A quelques semaines de l��, il fit un testament par lequel il l'instituait son unique h��riti��re. Warwara eut toujours soin depuis de garder ce monument de son amour, comme elle nommait le testament, dans sa cassette, dont elle portait par tendresse sans doute la clef sur son coeur. Du reste, selon la promesse qu'elle avait faite, elle ne vivait que pour le baron, s'arrogeant de plus en plus toute l'administration de ses biens, s'emparant de ses papiers pr��cieux et gardant sa caisse dans la chambre conjugale.
--Tu es un petit dissipateur, lui disait-elle en l'embrassant: si je te laissais faire, tu n'aurais plus bient?t qu'un baton de mendiant; tous tes parents et amis ont les mains dans tes poches, tu donnes trop �� ma m��re, tu m'entoures d'un luxe de sultane et tu te refuses �� toi-m��me les moindres fantaisies. Il ne faut pas que cela soit; je pr��tends te gater.
Et, en effet, Bromirski n'avait jamais joui autant de sa fortune jusque-l��. Mille douceurs embellissaient sa vie; l'ameublement de la seigneurie fut renouvel��, la table ��tait exquise, car Warwara, comme beaucoup de femmes froides et profond��ment ��go?stes, tenait �� la bonne ch��re et pr��f��rait un pat�� de perdrix ou un rago?t d'��crevisses au clair de lune et au parfum des fleurs.
Bromirski ��tait persuad�� qu'elle ne songeait qu'�� lui rendre la vie agr��able; il s'��merveillait en m��me temps des ��conomies qu'elle savait faire sans qu'il en souffr?t jamais. La maison ��tait tenue avec un ordre rigoureux; tout ce qui avait pass�� en gaspillage venait d��sormais grossir ses revenus, qui parurent augmenter

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