Le Médicin Malgré Lui | Page 3

Molière
Ciel de m'avoir pour ta femme? et m��ritois-tu d'��pouser une personne comme moi?
SGANARELLE.
Il est vrai que tu me fis trop d'honneur et que j'eus lieu de me louer la premi��re nuit de nos noces. H��! morbleu! ne me fais point parler l��-dessus, je dirois de certaines choses...
MARTINE.
Quoi? que dirois-tu?
SGANARELLE.
Baste! laissons l�� ce chapitre; il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver.
MARTINE.
Qu'appelles-tu bien heureuse de te trouver? Un homme qui me r��duit �� l'h?pital, un d��bauch��, un tra?tre qui me mange tout ce que j'ai...
SGANARELLE.
Tu as menti, j'en bois une partie.[3]
MARTINE.
Qui me vend pi��ce �� pi��ce tout ce qui est dans le logis...
SGANARELLE.
C'est vivre de m��nage.[4]
MARTINE.
Qui m'a ?t�� jusqu'au lit que j'avois...
SGANARELLE.
Tu t'en l��veras plus matin.
MARTINE.
Enfin, qui ne laisse aucun meuble dans toute la maison...
SGANARELLE.
On en d��m��nage plus ais��ment.
MARTINE.
Et qui, du matin jusqu'au soir, ne fait que jouer et que boire.
SGANARELLE.
C'est pour ne me point ennuyer.
MARTINE.
Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille?
SGANARELLE.
Tout ce qu'il te plaira.
MARTINE.
J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
SGANARELLE.
Mets-les �� terre.
MARTINE.
Qui me demandent �� toute heure du pain.
SGANARELLE.
Donne-leur le fouet. Quand j'ai bien bu et bien mang��, je veux que tout le monde soit saoul dans ma maison.
MARTINE.
Et tu pr��tends, ivrogne, que les choses aillent toujours de m��me?...
SGANARELLE.
Ma femme, allons tout doucement, s'il vous pla?t.
MARTINE.
Que j'endure ��ternellement tes insolences et tes d��bauches?...
SGANARELLE.
Ne nous emportons point, ma femme.
MARTINE.
Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger �� ton devoir?
SGANARELLE.
Ma femme, vous savez que je n'ai pas l'ame endurante, et que j'ai le bras assez bon.
MARTINE.
Je me moque de tes menaces.
SGANARELLE.
Ma petite femme, ma mie, votre peau vous d��mange, �� votre ordinaire.
MARTINE.
Je te montrerai bien que je ne te crains nullement.
SGANARELLE.
Ma ch��re moiti��, vous avez envie de me d��rober quelque chose.
MARTINE.
Crois-tu que je m'��pouvante de tes paroles?
SGANARELLE.
Doux objet de mes voeux, je vous frotterai les oreilles.
MARTINE.
Ivrogne que tu es!
SGANARELLE.
Je vous battrai.
MARTINE.
Sac �� vin!
SGANARELLE.
Je vous rosserai.
MARTINE.
Infime!
SGANARELLE.
Je vous ��trillerai.
MARTINE.
Tra?tre, insolent, trompeur, lache, coquin, pendard, gueux, b��l?tre, fripon, maraut, voleur!...
SGANARELLE. (Il prend un baton, et lui en donne.)
Ah! vous en voulez donc?
MARTINE.
Ah! ah! ah! ah!
SGANARELLE.
Voil�� le vrai moyen de vous apaiser.
SC��NE II
MONSIEUR ROBERT, SGANARELLE, MARTINE.
M. ROBERT.
Hol��! hol��! hol��! Fi! Qu'est-ce ci? quelle infamie! Peste soit le coquin, de battre ainsi sa femme!
MARTINE, les mains sur les c?t��s, lui parle en le faisant reculer, et �� la fin lui donne un soufflet.
Et je veux qu'il me batte, moi.
M. ROBERT.
Ah! j'y consens de tout mon coeur.
MARTINE.
De quoi vous m��lez-vous?
M. ROBERT.
J'ai tort.
MARTINE.
Est-ce l�� votre affaire?
M. ROBERT.
Vous avez raison.
MARTINE.
Voyez un peu cet impertinent qui veut emp��cher les maris de battre leurs femmes!
M. ROBERT.
Je me r��tracte.
MARTINE.
Qu'avez-vous �� voir l��-dessus?
M. ROBERT.
Rien.
MARTINE.
Est-ce �� vous d'y mettre le nez?
M. ROBERT.
Non.
MARTINE.
M��lez-vous de vos affaires.
M. ROBERT.
Je ne dis plus mot.
MARTINE.
Il me pla?t d'��tre battue.
M. ROBERT.
D'accord.
MARTINE.
Ce n'est pas �� vos d��pens.
M. ROBERT.
Il est vrai.
MARTINE.
Et vous ��tes un sot de venir vous fourrer o�� vous n'avez que faire.
M. ROBERT.
(Il passe ensuite vers le mari, qui pareillement lui parle toujours en le faisant reculer, le frappe avec le mime baton et le met en fuite. Il dit �� la fin:)
Comp��re, je vous demande pardon de tout mon coeur; faites, rossez, battez comme il faut votre femme; je vous aiderai, si vous le voulez.
SGANARELLE.
Il ne me pla?t pas, moi.
M. ROBERT.
Ah! c'est une autre chose.
SGANARELLE.
Je la veux battre si je le veux, et ne la veux pas battre si je le ne veux pas.
M. ROBERT.
Fort bien.
SGANARELLE.
C'est ma femme, et non pas la v?tre.
M. ROBERT.
Sans doute.
SGANARELLE.
Vous n'avez rien �� me commander.
M. ROBERT.
D'accord.
SGANARELLE.
Je n'ai que faire de votre aide.
M. ROBERT.
Tr��s volontiers.
SGANARELLE.
Et vous ��tes un impertinent de vous ing��rer des affaires d'autrui. Apprenez que Cic��ron dit qu'entre l'arbre et le doigt il ne faut point mettre l'��corce.[5]
(Ensuite, il revient vers sa femme, et lui dit en lui pressant la main:)
O ?a, faisons la paix nous deux. Touche l��.
MARTINE.
Oui! apr��s m'avoir ainsi battue.
SGANARELLE.
Cela n'est rien. Touche.
MARTINE.
Je ne veux pas.
SGANARELLE.
H��?
MARTINE.
Non.
SGANARELLE.
Ma petite femme!
MARTINE.
Point.
SGANARELLE.
Allons, te dis-je.
MARTINE.
Je n'en ferai rien.
SGANARELLE.
Viens, viens, viens.
MARTINE.
Non, je veux ��tre en col��re.
SGANARELLE.
Fi! c'est une bagatelle; allons, allons.
MARTINE.
Laisse-moi l��.
SGANARELLE.
Touche, te dis-je.
MARTINE.
Tu m'as trop maltrait��e.
SGANARELLE.
Eh bien, va, je te demande pardon; mets l�� ta main.
MARTINE.
Je te pardonne; (elle dit le reste bas) mais tu le payeras.
SGANARELLE.
Tu es une folle de prendre garde �� cela. Ce sont petites choses qui sont de temps en temps n��cessaires dans l'amiti��; et cinq ou six coups de baton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection. Va, je m'en vais au bois, et je te promets aujourd'hui plus d'un cent de fagots.
SC��NE III
MARTINE, seule.
Va, quelque mine que je fasse, je n'oublie pas mon ressentiment, et je br?le en moi-m��me de trouver les moyens de te punir des coups que tu me donnes. Je sais bien qu'une femme a toujours dans les mains de quoi se venger d'un mari; mais c'est une punition trop d��licate pour mon pendart.
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