La Débâcle

Emile Zola

La dbacle

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Title: La dbacle
Author: mile Zola
Release Date: February 22, 2006 [EBook #17831]
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1
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mile Zola
LA DB?CLE
(1892)

Table des matires
Premire partie I II III IV V VI VII VIII Deuxime partie I II III IV V VI VII VIII Troisime partie I II III IV V VI VII VIII

Premire partie

I
deux kilomtres de Mulhouse, vers le Rhin, au milieu de la plaine fertile, le camp tait dress. Sous le jour finissant de cette soire d'ao?t, au ciel trouble, travers de lourds nuages, les tentes-abris s'alignaient, les faisceaux luisaient, s'espa?aient rgulirement sur le front de bandire; tandis que, fusils chargs, les sentinelles les gardaient, immobiles, les yeux perdus, l-bas, dans les brumes violatres du lointain horizon, qui montaient du grand fleuve.
On tait arriv de Belfort vers cinq heures. Il en tait huit, et les hommes venaient seulement de toucher les vivres. Mais le bois devait s'tre gar, la distribution n'avait pu avoir lieu. Impossible d'allumer du feu et de faire la soupe. Il avait fallu se contenter de macher froid le biscuit, qu'on arrosait de grands coups d'eau-de-vie, ce qui achevait de casser les jambes, dj molles de fatigue. Deux soldats pourtant, en arrire des faisceaux, prs de la cantine, s'enttaient vouloir enflammer un tas de bois vert, de jeunes troncs d'arbre qu'ils avaient coups avec leurs sabres-ba?onnettes, et qui refusaient obstinment de br?ler. Une grosse fume, noire et lente, montait dans l'air du soir, d'une infinie tristesse.
Il n'y avait l que douze mille hommes, tout ce que le gnral Flix Douay avait avec lui du 7e corps d'arme. La premire division, appele la veille, tait partie pour Froeschwiller; la troisime se trouvait encore Lyon; et il s'tait dcid quitter Belfort, se porter ainsi en avant avec la deuxime division, l'artillerie de rserve et une division de cavalerie, incomplte. Des feux avaient t aper?us Lorrach. Une dpche du sous-prfet de Schelestadt annon?ait que les Prussiens allaient passer le Rhin Markolsheim. Le gnral, se sentant trop isol l'extrme droite des autres corps, sans communication avec eux, venait de hater d'autant plus son mouvement vers la frontire, que, la veille, la nouvelle tait arrive de la surprise dsastreuse de Wissembourg. D'une heure l'autre, s'il n'avait pas lui-mme l'ennemi repousser, il pouvait craindre d'tre appel, pour soutenir le 1er corps. Ce jour-l, ce samedi d'inquite journe d'orage, le 6 ao?t, on devait s'tre battu quelque part, du c?t de Froeschwiller: cela tait dans le ciel anxieux et accablant, de grands frissons passaient, de brusques souffles de vent, chargs d'angoisse. Et, depuis deux jours, la division croyait marcher au combat, les soldats s'attendaient trouver les Prussiens devant eux, au bout de cette marche force de Belfort Mulhouse.
Le jour baissait, la retraite partit d'un coin loign du camp, un roulement des tambours, une sonnerie des clairons, faibles encore, emports par le grand air. Et Jean Macquart, qui s'occupait consolider la tente, en enfon?ant les piquets davantage, se leva. Aux premiers bruits de guerre, il avait quitt Rognes, tout saignant du drame o il venait de perdre sa femme Fran?oise et les terres qu'elle lui avait apportes; il s'tait rengag trente- neuf ans, retrouvant ses galons de caporal, tout de suite incorpor au 106e rgiment de ligne, dont on compltait les cadres; et, parfois, il s'tonnait encore, de se revoir avec la capote aux paules, lui qui, aprs Solfrino, tait si joyeux de quitter le service, de n'tre plus un tra?neur de sabre, un tueur de monde. Mais quoi faire? Quand on n'a plus de mtier, qu'on n'a plus ni femme ni bien au soleil, que le coeur vous saute dans la gorge de tristesse et de rage? Autant vaut-il cogner sur les ennemis, s'ils vous embtent. Et il se rappelait son cri: ah! bon sang! puisqu'il n'avait plus de courage la travailler, il la dfendrait, la vieille terre de France!
Jean, debout, jeta un coup d'oeil dans le camp, o une agitation dernire se produisait, au passage de la retraite. Quelques hommes couraient. D'autres, assoupis dj, se soulevaient, s'tiraient d'un air de lassitude irrite. Lui, patient, attendait l'appel, avec cette tranquillit d'humeur, ce bel quilibre raisonnable, qui faisait de lui un excellent soldat. Les camarades disaient qu'avec de l'instruction il serait peut-tre all loin. Sachant tout juste lire et crire, il n'ambitionnait mme pas le
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