Stello

Alfred de Vigny

Stello, by Alfred De Vigny

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Title: Stello
Author: Alfred De Vigny
Release Date: January, 2006 [EBook #9655] [Yes, we are more than one year ahead of schedule] [This file was first posted on October 13, 2003]
Edition: 10
Language: French
Character set encoding: ISO-8859-1
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Produced by Walter Debeuf

STELLO
par ALFRED DE VIGNY.

L'analyse est une sonde. Jet¨¦e profond¨¦ment dans l'Oc¨¦an, elle ¨¦pouvante et d¨¦sesp¨¨re le Faible; mais elle rassure et conduit le Fort qui la tient fermement en main.
LE DOCTEUR-NOIR.

CHAPITRE PREMIER
CARACT¨¨RE DU MALADE
Stello est n¨¦ le plus heureusement du monde et prot¨¦g¨¦ par l'¨¦toile du ciel la plus favorable. Tout lui a r¨¦ussi, dit-on, depuis son enfance. Les grands ¨¦v¨¦nements du globe sont toujours arriv¨¦s ¨¤ leur terme de mani¨¨re ¨¤ seconder et ¨¤ d¨¦nouer miraculeusement ses ¨¦v¨¦nements particuliers, quelque embrouill¨¦s et confus qu'ils se trouvassent; aussi ne s'inqui¨¨te-t-il jamais lorsque le fil de ses aventures se m¨ºle, se tord et se noue sous les doigts de la Destin¨¦e: il est s?r qu'elle prendra la peine de le disposer elle-m¨ºme dans l'ordre le plus parfait, qu'elle-m¨ºme y emploiera toute l'adresse de ses mains, ¨¤ la lueur de l'¨¦toile bienfaisante et infaillible. On dit que, dans les plus petites circonstances, cette ¨¦toile ne lui manqua jamais, et qu'elle ne d¨¦daigne pas d'influer, pour lui, sur le caprice m¨ºme des saisons. Le soleil et les nuages lui viennent quand il le faut. Il y a des gens comme cela.
Cependant il se trouve des jours dans l'ann¨¦e o¨´ il est saisi d'une sorte de souffrance chagrine que la moindre peine de l'ame peut faire ¨¦clater, et dont il sent les approches quelques jours d'avance. C'est alors qu'il redouble de vie et d'activit¨¦ pour conjurer l'orage, comme font tous les ¨ºtres vivants qui pressentent un danger. Tout le monde, alors, est bien vu de lui et bien accueilli; il n'en veut ¨¤ qui que ce soit, de quoi que ce soit. Agir contre lui, le tyranniser, le pers¨¦cuter, le calomnier, c'est lui rendre un vrai service; et, s'il apprend le mal qu'on lui a fait, il a encore sur la bouche un ¨¦ternel sourire indulgent et mis¨¦ricordieux. C'est qu'il est heureux comme les aveugles le sont lorsqu'on leur parle; car si le sourd nous semble toujours sombre, c'est qu'on ne le voit que dans le moment de la privation de la parole des hommes; et si l'aveugle nous para?t toujours heureux et souriant, c'est que nous ne le voyons que dans le moment o¨´ la voix humaine le console.--C'est ainsi que Stello est heureux; c'est qu'aux approches de sa crise de tristesse et d'affliction, la vie ext¨¦rieure, avec ses fatigues et ses chagrins, avec tous les coups qu'elle donne ¨¤ l'ame et au corps, lui vaut mieux que la solitude, o¨´ il craint que la moindre peine de coeur ne lui donne un de ses funestes acc¨¨s. La solitude est empoisonn¨¦e pour lui, comme l'air de la Campagne de Rome. Il le sait; mais il s'y abandonne cependant, tout certain qu'il est d'y trouver une sorte de d¨¦sespoir sans transports, qui est l'absence de l'esp¨¦rance.--Puisse la femme inconnue qu'il aime ne pas le laisser seul dans ces moments d'angoisse!
Stello ¨¦tait, hier matin, aussi chang¨¦ en une heure qu'apr¨¨s vingt jours de maladie, les yeux fixes, les l¨¨vres pales et la t¨ºte abattue sur la poitrine par les coups d'une tristesse imp¨¦rissable.
Dans cet ¨¦tat, qui pr¨¦c¨¨de des douleurs nerveuses auxquelles ne croient jamais les hommes robustes et rubiconds dont les rues sont pleines, il ¨¦tait couch¨¦ tout habill¨¦ sur un canap¨¦, lorsque, par un grand bonheur, la porte de sa chambre s'ouvrit, et il vit entrer le Docteur-Noir.

CHAPITRE II
SYMPTOMES
"Ah! Dieu soit lou¨¦! s'¨¦cria Stello en levant les yeux, voici un vivant. Et, c'est vous, vous qui ¨ºtes le m¨¦decin des ames, quand il y en a qui le sont tout au plus du corps, vous qui regardez au fond de tout, quand le reste des hommes ne voit que
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