Lélixir de vie | Page 2

Jules Lermina
Indous et des Orientaux, c'est
que la vie, ainsi mise en réserve peut sortir hors de l'être humain et
venir agir à distance.
Celui qui possède le secret de cette action pourra donc, non plus
soutirer le sang qui doit le revivifier, procédé tout au plus digne des
ignorants, mais s'adresser aux réserves vitales et, invisiblement, attirer
en lui la force qui lui manque.
A ceux qui douteraient de l'action de la vie hors de l'homme, je citerai
les délicates et rigoureuses expériences de William Crookes, de la
Société royale de Londres[3] sur la Force Psychique et son action à
distance, action vérifiée par des appareils mécaniques enregistreurs.
[Note 3: William Crookes, Force Psychique.]
Nous voici donc retombés dans le domaine du Magnétisme animal et
du Spiritisme, me direz-vous?
Appelez-le comme vous voudrez. Que m'importe. Il s'agit là de faits
réels, indiscutables, que les Académies admettront dans quelques
dizaines d'années.

Puisque je suis lancé sur ce terrain de la science occulte, pourquoi
n'irais-je pas jusqu'au bout des hypothèses en vous racontant l'origine
de la vie humaine d'après les occultistes.
Vous n'ignorez pas, n'est-ce pas, que la vie est en réserve dans les
ganglions nerveux du grand sympathique. D'où vient-elle avant d'être
condensée là?
Du globule sanguin, soit directement, soit par l'intermédiaire du
cervelet, si l'on en croit les admirables travaux, malheureusement peu
connus, du Dr Luys[4].
[Note 4: Dr Luys, le Système nerveux. Paris, 1865, in 8°.]
Ce globule sanguin, où puise-t-il cette force qu'il porte partout sous
l'influence de l'oxydation de l'hémoglobine?
Dans l'air qui baigne et qui vivifie tous les êtres vivants de la terre, soit
directement, soit en dissolution.
Toute composition chimique mise à part, d'où vient l'air?
Un occultiste de haute valeur, Chardel[5], montre que l'atmosphère
terrestre résulte de l'action du Soleil sur notre Terre.--L'Air est une
modalité de la Force solaire.
[Note 5: Chardel, Esquisse de la Nature humaine, I vol. in-8°, 1840.]
L'origine première de la Vie, c'est donc le Soleil qui, par une série de
transformations successives, arrive à se loger dans un ganglion nerveux
sous forme de vie humaine.
Quand je brûle du bois, croyez-vous que je fais autre chose que
d'extraire le Soleil que ce bois avait condensé, alors que le végétal était
vivant?
Il en est de même pour la vie dans toutes ses modalités.
Un troisième moyen plus mystérieux encore que les précédents consiste

donc à aller chercher secrètement les éléments vivificateurs dans le
Soleil lui-même; mais alors nous faisons de la Magie, mot qui sonne
mal aux oreilles des savants contemporains et que les littérateurs se
chargeront du reste de leur faire comprendre mieux que nous pourrions
le faire nous-même.
Il existe en effet de nos jours de véritables centres de recherches où est
étudiée la Magie dans toutes ses branches.--Le _Groupe indépendant
d'études ésotériques, la Revue l'Initiation_[6] traitent de ces questions et
de nombreux chercheurs: _Stanislas de Guaita, F.-Ch. Barlet, Julien
Lejay, Polti et Gary, Augustin Chaboseau_ appliquent la Science
Occulte à nos diverses sciences contemporaines.
[Note 6: 58, rue St-André-des-Arts, Paris.]
La liste se grossit chaque jour davantage des Mages-Littérateurs
représentant toutes les écoles, depuis le catholique ultramontain
Joséphin Péladan, l'initiateur du mouvement, jusqu'au charmant poète
Gilbert Augustin Thierry, en passant par le catholique socialiste Paul
Adam et les poètes Alber Jhouney, Emile Michelet, _Paul Marrot et L.
Mauchel_. Voilà donc une nouvelle école qui se lève à l'horizon, école
tout à la fois scientifique, artistique et sociale, et au nom de tous ses
partisans je remercie Jules Lermina d'avoir prêté son talent de
littérateur à l'exposition de cette thèse que la vie peut s'infuser
mystérieusement d'un être à l'autre, secret redoutable de l'Elixir de Vie
des anciens alchimistes et des initiés de l'Orient.
Mais peut-on devenir immortel?
Demandez à MM. les docteurs Brown Sequart et Variot ou attendez la
prochaine nouvelle de Jules Lermina.
Papus.

L'ÉLIXIR DE VIE

I
Il y avait trois mois à peine que j'avais passé ma thèse et conquis enfin
ce grade de docteur qui était toute l'ambition de ma jeunesse. Avec
quelle joie j'avais écris à mon brave homme de père, avec quelle
émotion j'avais ouvert la lettre m'apportant, avec ses félicitations
chaleureuses, le billet de cinq cents francs qui allait permettre mon
installation à Paris.
Médecin à Paris! et vingt-sept ans! il faut avoir passé par ces illusions
pour en comprendre toute la force, pour en déguiser toute la saveur.
J'étais estimé de mes professeurs, j'avais subi mes examens dans des
conditions exceptionnelles de succès; j'avais, en ces années d'étude,
conquis quelques amis sûrs: n'est-il pas vrai que l'avenir devait
m'apparaître radieux?
Mes ressources étaient minces, il est vrai: je savais que mon père, petit
cultivateur de la Sarthe, s'était imposé un dur sacrifice en m'envoyant
une petite somme, et qu'il ne me fallait plus compter que sur moi-même.
Mais j'avais
Continue reading on your phone by scaning this QR Code

 / 21
Tip: The current page has been bookmarked automatically. If you wish to continue reading later, just open the Dertz Homepage, and click on the 'continue reading' link at the bottom of the page.