Par les manes sacr��s de tous ces vrais Romains, Qui dans les champs d'Afrique ont fini leurs destins, Jurez par tous les Dieux, vengeurs de la patrie, Que Cesar sous vos coups va terminer sa vie.
CASSIUS.
Faisons plus, mes amis, jurons d'exterminer Quiconque ainsi que lui pr��tendra gouverner: Fussent nos propres fils, nos fr��res, ou nos p��res: S'ils sont Tyrans, Brutus, ils sont nos adversaires. Un vrai R��publicain, n'a pour p��re & pour fils Que la vertu, les Dieux, les Loix & son pays.
BRUTUS.
Oui, j'unis pour jamais mon sang avec le v?tre. Tous d��s ce moment m��me adopt��s l'un par l'autre, Le salut de l'Etat nous a rendu parens. Sc��lons notre union du sang de nos Tyrans. Il s'avance vers la statu? de Pomp��e. Nous le jurons par vous, H��ros, dont les images A ce pressant devoir excitent nos courages; Nous promettons, Pomp��e, �� tes sacr��s genoux, De faire tout pour Rome, & jamais rien pour nous; D'��tre unis pour l'Etat, qui dans nous se rassemble, De vivre, de combattre, & de mourir ensemble. Allons, pr��parons-nous: c'est trop nous arr��ter.
SCENE V.
CESAR, BRUTUS.
CESAR.
Demeure. C'est ici que tu dois m'��couter; O�� vas-tu, malheureux?
BRUTUS.
Loin de la Tyrannie.
CESAR.
Licteurs, qu'on le retienne.
BRUTUS.
Ach��ve, & pren ma vie.
CESAR.
Brutus, si ma col��re en voulait �� tes jours, Je n'aurais qu'�� parler, j'aurais finis leurs cours. Tu l'as trop m��rit��. Ta fi��re ingratitude Se fait de m'offenser une farouche ��tude. Je te retrouve encor avec ceux des Romains, Dont j'ai plus soup?onn�� les perfides desseins; Avec ceux qui tant?t ont os�� me d��plaire, Ont blam�� ma conduite, ont brav�� ma col��re.
BRUTUS.
Ils parlaient en Romains, Cesar; & leurs avis, Si les Dieux t'inspiraient, seraient encor suivis.
CESAR.
Je souffre ton audace, & consens �� t'entendre: De mon rang avec toi je me plais �� descendre. Que me reproches-tu?
BRUTUS.
Le monde ravag��, Le sang des Nations, ton pays saccag��: Ton pouvoir, tes vertus, qui font tes injustices, Qui de tes attentats sont en toi les complices; Ta funeste bont��, qui fait aimer tes fers, Et qui n'est qu'un appas pour tromper l'Univers.
CESAR.
Ah! c'est ce qu'il fallait reprocher �� Pomp��e. Par sa feinte vertu la tienne fut tromp��e. Ce Citoyen superbe, �� Rome plus fatal, N'a pas m��me voulu Cesar pour son ��gal. Crois-tu, s'il m'e?t vaincu, que cette ame hautaine, E?t laiss�� respirer la libert�� Romaine; Sous un joug despotique il t'aurait accabl��. Qu'e?t fait Brutus alors?
BRUTUS.
Brutus l'e?t immol��.
CESAR.
Voil�� donc ce qu'enfin ton grand coeur me destine? Tu ne t'en d��fens point. Tu vis pour ma ruine, Brutus!
BRUTUS.
Si tu le crois, pr��vien donc ma fureur. Qui peut te retenir?
CESAR. Il lui pr��sente la lettre de Servilie.
La nature, & mon coeur. Lis, ingrat, lis, connais le sang que tu m'opposes, Voi qui tu peux ha?r, & poursui si tu l'oses.
BRUTUS.
O�� suis-je? Qu'ai-je l?? me trompez-vous, mes yeux?
CESAR.
Eh bien! Brutus, mon fils!
BRUTUS.
Lui, mon p��re! grands Dieux!
CESAR.
Oui, je le suis, ingrat: Quel silence farouche! Que dis-je? Quels sanglots ��chappent de ta bouche? Mon fils... Quoi, je te tiens muet entre mes bras! La Nature t'��tonne & ne t'attendrit pas!
BRUTUS.
O sort ��pouvantable, & qui me d��sesp��re! O sermens! ? patrie! ? Rome toujours ch��re! Cesar!... Ah, malheureux; j'ai trop long-tems v��cu.
CESAR.
Parle. Quoi d'un remords ton coeur est combattu! Ne me d��guise rien. Tu gardes le silence? Tu crains d'��tre mon fils, ce nom sacr�� t'offense? Tu crains de me ch��rir, de partager mon rang; C'est un malheur pour toi d'��tre n�� de mon sang! Ah! ce sceptre du monde, & ce pouvoir supr��me, Ce Cesar, que tu hais, les voulait pour toi-m��me. Je voulais partager, avec Octave & toi, Le prix de cent combats, & le titre de Roi.
BRUTUS.
Ah! Dieux!
CESAR.
Tu veux parler, & te retiens �� peine? Ces transports sont-ils donc de tendresse ou de haine? Quel est donc le secret qui semble t'accabler?
BRUTUS.
Cesar....
CESAR.
Eh bien, mon fils?
BRUTUS.
Je ne puis lui parler.
CESAR.
Tu n'oses me nommer du tendre nom de p��re?
BRUTUS.
Si tu l'es, je te fais une unique pri��re.
CESAR.
Parle. En te l'accordant, je croirai tout gagner.
BRUTUS.
Fai-moi mourir sur l'heure, ou cesse de regner.
CESAR.
Ah! barbare ennemi, tigre que je caresse! Ah! coeur d��natur�� qu'endurcit ma tendresse! Va, tu n'es plus mon fils. Va, cruel Citoyen, Mon coeur d��sesp��r�� prend l'exemple du tien; Ce coeur, �� qui tu fais cette effroyable injure, Saura bien comme toi vaincre enfin la Nature. Va, Cesar n'est pas fait pour te prier envain; J'apprendrai de Brutus �� cesser d'��tre humain. Je ne te connais plus. Libre dans ma puissance, Je n'��couterai plus une injuste cl��mence. Tranquille, �� mon courroux je vai m'abandonner; Mon coeur trop indulgent est las de pardonner. J'imiterai Sylla, mais dans ses violences; Vous tremblerez, ingrats, au bruit de mes vengeances. Va, cruel, va trouver tes indignes amis. Tous m'ont os�� d��plaire, ils seront tous punis. On sait ce que je puis, on verra ce que j'ose: Je deviendrai barbare, & toi seul en

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