petite orpheline, qui demandait sa m��re en pleurant. Vous le savez, je ne me suis d��charg�� sur personne du soin de son ��ducation. Je croyais que nul n'y mettrait autant de sollicitude, autant d'amour. Je voulais qu'elle f?t la fille de mon ame comme de mon sang, et qui pourrait dire jusqu'�� quel point cette double parent�� nous attache l'un �� l'autre?
Vous ne l'ignorez pas, d'ordinaire on aime ses enfants plus qu'on n'en est aim��. Mais d'Ang��line �� moi il y a parfait retour, et son attachement sans bornes, sa passionn��e tendresse me rendrait le plus heureux des hommes, si je pensais moins souvent �� ce qu'elle souffrira en me voyant mourir.
J'ai �� peine quarante-deux ans; de ma vie, je n'ai ��t�� malade. Pourtant cette pens��e me tourmente. Il faut qu'elle ait d'autres devoirs, d'autres affections, je le comprends. Maurice, prenez ma place dans son coeur, et Dieu veuille que ma mort ne lui soit pas l'inconsolable douleur.
Dans ce qui m'a ��t�� dit sur votre compte, une chose surtout m'a fait plaisir: c'est l'unanime t��moignage qu'on rend �� votre franchise.
Ceci me rappelle que l'an dernier, un de vos anciens ma?tres me disait, en parlant de vous: ?Je crois que ce gar?on-l�� ne mentirait pas pour sauver sa vie.? �� ce propos, il raconta certains traits de votre temps d'��colier qui prouvent un respect admirable pour la v��rit��. ?Alors, dit quelqu'un, pourquoi veut-il ��tre avocat?? Et il assura avoir fait un avocat de son pupille, parce qu'il avait toujours ��t�� un petit menteur.
Glissons sur cette marque de vocation. Votre p��re ��tait l'homme le plus loyal, le plus vrai que j'aie connu, et je suis heureux qu'il vous ait pass�� une qualit�� si noble et si belle. J'esp��re que toujours vous serez, comme lui, un homme d'honneur dans la magnifique ��tendue du mot.
Mon cher Maurice, vous savez quel int��r��t je vous ai toujours port��, surtout depuis que vous ��tes orphelin. Naturellement, cet int��r��t se double depuis que je vois en vous le futur mari de ma fille. Mais avant d'aller plus loin, j'attendrai de savoir si vous acceptez nos conditions.
C. de Montbrun.
(Maurice Darville �� Charles de Montbrun)
Monsieur,
Je n'essaierai pas de vous remercier. Sans cesse, je relis votre lettre pour me convaincre de mon bonheur.
Mademoiselle votre fille peut-elle croire que je veuille la s��parer de vous? Non, mille fois non, je ne veux pas la faire souffrir. D'ailleurs, sans flatterie aucune, votre compagnie m'est d��licieuse.
Et pourquoi, s'il vous pla?t, ne serais-je pas vraiment un fils pour vous? Je l'avoue humblement, je me suis parfois surpris �� ��tre jaloux de vous; je trouvais qu'elle vous aimait trop. Mais maintenant je ne demande qu'�� m'associer �� son culte; il faudra bien que vous finissiez par nous confondre un peu dans votre coeur.
Vous dites, Monsieur, que mon p��re ��tait l'homme le plus loyal, le plus franc que vous ayez connu. J'en suis heureux et j'en suis fier. Si j'ai le bonheur de lui ressembler en cela, c'est bien �� lui que je le dois.
Je me rappelle parfaitement son m��pris pour tout mensonge, et je puis vous affirmer que sa main tendrement s��v��re le punissait fort bien. ?Celui qui se souille d'un mensonge, me disait-il alors, toutes les eaux de la terre ne le laveront jamais.?
Cette parole me frappait beaucoup, et faisait r��ver mon jeune esprit, quand je m'arr��tais �� regarder le Saint-Laurent.
Je vous en prie, prenez la direction de toute ma vie, et veuillez faire agr��er �� Mlle de Montbrun, avec mes hommages les plus respectueux, l'assurance de ma reconnaissance sans bornes.
Monsieur, je voudrais pouvoir vous dire mon bonheur et ma gratitude.
Maurice Darville.
(Charles de Montbrun �� Maurice Darville)
Merci de m'accepter si volontiers. Vous ai-je dit que je ne consentirais pas au mariage d'Ang��line avant qu'elle ait vingt ans accomplis? mais je n'ai pas d'objections �� ce qu'elle vous donne sa parole d��s maintenant, et puisque nous en sommes l��, je m'en vais vous demander votre attention la plus s��rieuse.
Et d'abord, Maurice, voulez-vous conserver les g��n��reuses aspirations, les nobles ��lans, le chaste enthousiasme de vos vingt ans? Voulez-vous aimer longtemps et ��tre aim�� toujours? ?Gardez votre coeur, gardez-le avec toutes sortes de soins, parce que de lui proc��de la vie.? Faut-il vous dire que vous ne sauriez faire rien de plus grand ni de plus difficile? ?Montrez-moi, disait un saint ��v��que, montrez-moi un homme qui s'est conserv�� pur, et j'irai me prosterner devant lui.? Parole aussi touchante que noble!
H��! mon Dieu, la science, le g��nie, la gloire et tout ce que le monde admire, qu'est-ce que cela, compar�� �� la splendeur d'un coeur pur? D'ailleurs, il n'y a pas deux sources de bonheur. Aimer ou ��tre heureux, c'est absolument la m��me chose; mais il faut la puret�� pour comprendre l'amour.
? mon fils, ne n��gligez rien pour garder dans sa beaut�� la divine source de tout ce qu'il

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