a le secret: ?Je voudrais parler et j'��coute encore.?
Ang��line paraissait ��mue, et ne songeait pas �� le dissimuler, et, pour ne te rien cacher, en me retirant j'eus la mortification d'entendre Mme Lebrun dire �� sa ni��ce:
?Quel dommage qu'un homme qui chante si bien ne sache pas toujours ce qu'il dit!?
J'ignore ce que Mlle de Montbrun r��pondit �� ce charitable regret.
Ch��re Mina, je suis bien inquiet, bien troubl��, bien malheureux. Que dire de M. de Montbrun? Il est venu lui-m��me me conduire �� ma chambre, et m'a laiss�� avec la plus cordiale poign��e de main. J'aurais voulu le retenir, lui dire pourquoi je suis venu, mais j'ai pens��: ?Puisque j'ai encore l'esp��rance, gardons-la.?
J'ai pass�� la nuit �� la fen��tre, mais le temps ne m'a pas dur��. Que la campagne est belle! quelle tranquillit��! quelle paix profonde! et quelle musique dans ces vagues rumeurs de la nuit!
On a ici des habitudes bien diff��rentes des n?tres. Figure-toi, qu'avant cinq heures M. de Montbrun se promenait dans son jardin.
J'��tais �� le consid��rer, lorsque Ang��line parut, belle comme le jour, radieuse comme le soleil levant. Elle avait �� la main son chapeau de paille, et elle rejoignit son p��re, qui l'��treignit contre son coeur. Il avait l'air de dire: ?Qu'on vienne donc me prendre mon tr��sor!?
Ch��re Mina, que ferai-je s'il me refuse? Que puis-je contre lui? Ah! s'il ne s'agissait que de la m��riter.
�� bient?t, ma petite soeur, je m'en vais me jeter sur mon lit pour para?tre avoir dormi.
Je t'embrasse.
Maurice.
(Mina Darville �� son fr��re)
Je me demande pourquoi tu es si triste et si d��courag��. M. de Montbrun t'a re?u cordialement, que voulais-tu de plus? Pensais-tu qu'il t'attendait avec le notaire et le contrat dress��, pour te dire: ?Donnez-vous la peine de signer.?
Quant �� Ang��line, j'aimerais �� la voir un peu moins sereine. Je vois d'ici ses beaux yeux limpides si semblables �� ceux de son p��re. Il est clair que tu n'es encore pour elle que le fr��re de Mina.
J'ignore si, comme tu l'affirmes, le chant fut le langage du premier homme dans le paradis terrestre, mais je m'assure que ce devrait ��tre le tien dans les circonstances pr��sentes. Ta voix la ravit.
Je l'ai vue pleurer en t'��coutant chanter, ce que, du reste, elle ne cherchait pas �� cacher, car c'est la personne la plus simple, la plus naturelle du monde, et, n'ayant jamais lu de romans, elle ne s'inqui��te pas des larmes que la p��n��trante douceur de ton chant lui fait verser.
Moi, en semblables cas, je ferais des r��flexions; j'aurais peur des larmes.
Mon cher Maurice, je vois que j'ai agi bien sagement en refusant de t'accompagner. Tu m'aurais donn�� trop d'ouvrage. J'aime mieux me reposer sur mes lauriers de l'hiver dernier.
D'ailleurs, je t'aurais mal servi; je ne me sens plus l'esprit prompt et la parole facile comme il faut l'avoir pour aller �� la rescousse d'un amoureux qui s'embrouille.
Mais, mon cher, pas d'id��es noires. Ang��line te croit distrait, et te soup?onne de sacrifier aux muses. Quant �� M. de Montbrun, il a bien trop de sens pour tenir un pauvre amoureux responsable de ses discours.
Je t'approuve fort d'admirer Ang��line, mais ce n'est pas une raison pour d��pr��cier les autres. Vraiment, je serais bien �� plaindre si je comptais sur toi pour d��couvrir ce que je vaux.
Heureusement, beaucoup me rendent justice, et les mauvaises langues assurent qu'un ministre anglican, que tu connais bien, finira pas oublier ses ouailles pour moi.
Je ne veux pas te chicaner. Ang��line est la plus charmante et la mieux ��lev��e des Canadiennes. Mais qui sait, ce que je serais devenue, sous la direction de son p��re...
Tu en as donc bien peur de ce terrible homme. J'avoue qu'il ne me semble pas fait pour inspirer l'��pouvante. Mais je suis peut-��tre plus brave qu'un autre.
D'ailleurs, tu sais quel int��r��t il nous porte. L'hiver dernier, �� propos de... n'importe,--suppose une extravagance quelconque,--il me prit �� part, et apr��s m'avoir appel��e sa pauvre orpheline, il me fit la plus s��v��re et la plus d��licieuse des r��primandes. (Malvina B... et d'autres proph��tesses de ma connaissance, annoncent que tu seras la gloire du barreau, mais tu ne parleras jamais comme lui dans l'intimit��.)
Je le remerciai du meilleur de mon coeur, et il me dit avec cette expression qui le rend si charmant:--?Il y a du plaisir �� vous gronder. Ang��line aussi a un bon caract��re, quand je la reprends, elle m'embrasse toujours.?
Et je le crus facilement.--Ce n'est pas moi qui voudrais douter de la parole du plus honn��te homme de mon pays.
Oui, c'est bien vrai qu'il tient ton sort dans ses mains. Ah! dis-tu, s'il ne s'agissait que de la m��riter? Es-tu s?r de n'avoir pas ajout�� en toi-m��me:
Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans...
Quel dommage que le temps de la chevalerie soit pass��! Ang��line aime les vaillants et les grands coups d'��p��e.
Pendant les quatre mois qu'elle

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