La chasse galerie | Page 2

Honoré Beaugrand
elle ��tait bougrement bonne, je vous le parsou��te. J'en avais bien lamp�� une douzaine de petits gobelets, pour ma part, et sur les onze heures, je vous l'avoue franchement, la t��te me tournait et je me laissai tomber sur ma robe de carriole pour faire un petit somme en attendant l'heure de sauter �� pieds joints par-dessus la t��te d'un quart de lard, de la vieille ann��e dans la nouvelle, comme nous allons le faire ce soir sur l'heure de minuit, avant d'aller chanter la guignol��e et souhaiter la bonne ann��e aux hommes du chantier voisin.
Je dormais donc depuis assez longtemps lorsque je me sentis secouer rudement par le boss des piqueurs, Baptiste Durand, qui me dit:
--Joe! minuit vient de sonner et tu es en retard pour le saut du quart. Les camarades sont partis pour faire leur tourn��e et moi je m'en vais �� Lavaltrie voir ma blonde. Veux-tu venir avec moi?
--�� Lavaltrie! lui r��pondis-je, es-tu fou? nous en sommes �� plus de cent lieues et d'ailleurs aurais-tu deux mois pour faire le voyage, qu'il n'y a pas de chemin de sortie dans la neige. Et puis, le travail du lendemain du jour de l'an?
--Animal! r��pondit mon homme, il ne s'agit pas de cela. Nous ferons le voyage en canot d'��corce �� l'aviron, et demain matin �� six heures nous serons de retour au chantier.
Je comprenais.
Mon homme me proposait de courir la chasse-galerie et de risquer mon salut ��ternel pour le plaisir d'aller embrasser ma blonde, au village. C'��tait raide! Il ��tait bien vrai que j'��tais un peu ivrogne et d��bauch�� et que la religion ne me fatiguait pas �� cette ��poque, mais risquer de vendre mon ame au diable, ?a me surpassait.
--Cr�� poule mouill��e! continua Baptiste, tu sais bien qu'il n'y a pas de danger. Il s'agit d'aller �� Lavaltrie et de revenir dans six heures. Tu sais bien qu'avec la chasse-galerie, on voyage au moins 50 lieues �� l'heure lorsqu'on sait manier l'aviron comme nous. Il s'agit tout simplement de ne pas prononcer le nom du bon Dieu pendant le trajet, et de ne pas s'accrocher aux croix des clochers en voyageant. C'est facile �� faire et pour ��viter tout danger, il faut penser �� ce qu'on dit, avoir l'oeil o�� l'on va et ne pas prendre de boisson en route. J'ai d��j�� fait le voyage cinq fois et tu vois bien qu'il ne m'est jamais arriv�� malheur. Allons mon vieux, prends ton courage �� deux mains et, si le coeur t'en dit, dans deux heures de temps nous serons �� Lavaltrie. Pense �� la petite Liza Guimbette et au plaisir de l'embrasser. Nous sommes d��j�� sept pour faire le voyage mais il faut ��tre deux, quatre, six ou huit et tu seras le huiti��me.
--Oui! tout cela est tr��s bien, mais il faut faire un serment au diable, et c'est un animal qui n'entend pas �� rire lorsqu'on s'engage �� lui.
--Une simple formalit��, mon Joe. Il s'agit simplement de ne pas se griser et de faire attention �� sa langue et �� son aviron. Un homme n'est pas un enfant, que diable! Viens! viens! nos camarades nous attendent dehors et le grand canot de la drave est tout pr��t pour le voyage.
Je me laissai entra?ner hors de la cabane o�� je vis en effet six de nos hommes qui nous attendaient, l'aviron �� la main. Le grand canot ��tait sur la neige dans une clairi��re et avant d'avoir eu le temps de r��fl��chir, j'��tais d��j�� assis dans le devant, l'aviron pendant sur le plat-bord, attendant le signal du d��part. J'avoue que j'��tais un peu troubl��, mais Baptiste qui passait, dans le chantier, pour n'��tre pas all�� �� confesse depuis sept ans ne me laissa pas le temps de me d��brouiller. Il ��tait �� l'arri��re, debout, et d'une voix vibrante il nous dit:
--R��p��tez avec moi!
Et nous r��p��tames:
--Satan! roi des enfers, nous te promettons de te livrer nos ames, si d'ici �� six heures nous pronon?ons le nom de ton ma?tre et du n?tre, le bon Dieu, et nous touchons une croix dans le voyage. �� cette condition tu nous transporteras �� travers les airs, au lieu o�� nous voulons aller et tu nous ram��neras de m��me au chantier!
III
Acabris! Acabras! Acabram Fais-nous voyager par-dessus les montagnes
�� peine avions-nous prononc�� les derni��res paroles que nous sent?mes le canot s'��lever dans l'air �� une hauteur de cinq ou six cents pieds. Il me semblait que j'��tais l��ger comme une plume et au commandement de Baptiste, nous commen?ames �� nager comme des poss��d��s que nous ��tions. Aux premiers coups d'aviron le canot s'��lan?a dans l'air comme une fl��che, et c'est le cas de le dire, le diable nous emportait. ?a nous en coupait le respire et le poil en frisait sur nos bonnets de carcajou.
Nous filions plus vite que le vent. Pendant
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